Dossier Bibliothèque idéale du naufragé de François Armanet

Emmanuelle George Librairie Gwalarn (Lannion)

Quoi de plus précieux qu’un livre conseillé par autrui. Mieux, un livre conseillé par ses auteurs favoris, voire même son écrivain préféré ! Chouette, Jonathan Coe et Alessandro Baricco rendent compte simultanément de leurs pépites. Et le journaliste François Armanet a répertorié les coups de cœur de 200 écrivains du monde entier.

Dans Notes marginales et bénéfices du doute, Jonathan Coe, avec humour et panache, livre vingt ans de réflexions sur les arts et l’Angleterre. Ici un éloge des Voyages de Gulliver, là un article sur Jacques Tati, Hitchcock et Disney, et même une réflexion sur les conséquences de la mort de Margaret Thatcher. Entre articles de journaux, préfaces d’ouvrages, conférences universitaires, interviews, Jonathan Coe invite à un périple culturel drôle et piquant. Un voyage formidablement drôle et averti à travers la littérature, le cinéma, la musique, etc. De son côté, l’Italien Alessandro Baricco publie Une certaine vision du monde et plus de cinquante coups de cœur littéraires. Comment ? L’anecdote est touchante : il y a dix ans, il a déménagé et laissé tous les livres qu’il avait lus et s’est installé dans un logement où il n’y en avait pas un seul à lui. À présent il y a dans cet appartement dix ans de lecture. « Je range les livres les uns à côté des autres, non par ordre alphabétique, ou par catégorie, mais suivant l’ordre dans lequel je les ai ouverts. Un système que je conseille, d’ailleurs : les soirs d’ennui, on peut examiner les dos des livres et, si on en a envie, passer en revue des pans entiers de sa vie, il suffit d’attendre que revienne le parfum des jours où on les a tenus entre nos mains : et il revient, il revient toujours. » Parmi les classiques et les contemporains, il déclare sa flamme à cinquante textes et auteurs. Pourquoi ? Pour que d’autres les lisent, certes, mais pas seulement, car il « aime l’idée de parler de livres, à un moment où il ne semble plus si important de se demander lesquels sont bons et lesquels ne le sont pas, de se disputer et de donner son avis ». En écho à ces conseils avertis, munissez-vous de la Bibliothèque idéale du naufragé. Un petit livre rouge joliment illustré par les dessins oniriques de Stéphane Trapier et conçu par François Armanet. Depuis des années, François Armanet demande aux écrivains qu’il interviewe pour Le Nouvel Observateur quels sont les trois livres qu’ils emporteraient sur une île déserte. Il y a deux ans, « l’idée de publier la somme accumulée rencontre la suggestion de lecteurs robinsonistes qui tiennent à jour la comptabilité de cette bibliothèque stylistique ». Décision prise, la question est soumise par courrier à une centaine d’écrivains supplémentaires. Les règles ? Répondre, à titre gratuit, le plus librement possible, soit brièvement soit en précisant son choix, et dater son propos. En post-scriptum : « La question rituelle s’entend à l’exception de la Bible et de Shakespeare, à moins que vous jugiez primordial de les inclure dans vos trois livres ». Résultats des votes, ce recueil rassemble chefs-d’œuvre de la littérature universelle (Ah Proust, Ah Cervantès !), les livres sacrés des grandes religions et surtout de belles « madeleines intimes ». Et ce sont ces gourmandises singulières qui ont, à notre avis, le plus de saveur. Jonathan Coe y mentionne Tom Jones de Henry Fielding, La Ballade et la Source de Rosamond Lehmann, et Le Chien des Baskerville, tout fasciné qu’il est par l’amitié entre Holmes et Watson, et le film culte de Billy Wilder qui s’en inspire. Alessandro Baricco cite la trilogie de La Famille Aubrey de Rebecca West, et aussi Vita Nuova de Dante pour ne pas oublier la beauté de sa langue. Mais aussi Les Aventures de Mr Pickwick de Dickens, livre qui lui a « sauvé la vie au moins une ou deux fois, car il est de ceux qui vous maintiennent à flot, qui vous font l’offrande d’une lumière dans laquelle tout paraît moins compliqué ». De Chimamanda Ngozi Adichie à Zinovy Zinik, les conseils font les bons amis. Malicieux comme Carlos Fuentes qui emporterait « d’abord l’annuaire téléphonique car c’est inépuisable ». D’autres habiles ou addicts à leur art mentionnent « un livre blanc pour écrire, pardi ! » Et vous, quels choix feriez-vous ? Eduardo Mendoza murmure : « Si je devais n’emporter qu’un seul livre sur une île déserte, je préfèrerais périr dans le naufrage ! » En attendant, soyez curieux : lisez !

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