Littérature étrangère

Evanthia Bromiley

Dessine-moi un royaume

✒ Jean-Baptiste Hamelin

(Librairie Le Carnet à spirales, Charlieu)

Ce premier roman séduit par l’originalité de son regard et de son ton sur un sujet récurrent de la littérature américaine : la précarité de sa société. Levons les yeux et scrutons chaque fissure du plafond. Nous y verrons les étoiles.

Ils ont 9 ans. Ils sont jumeaux. Se nomment Evan et Virginia. Ils ont le regard pétillant de jeux et de joie, d’imagination et d’espoir. Ils ont 9 ans et peuvent ainsi abattre des cloisons, enjamber des sommets. Ils vivent dans un mobil-home dans un lotissement où se côtoient, dans ces maisons de peu, les précaires de la société américaine, à la merci d’huissiers, à la merci de ce bout de papier placardé à la porte de ce frêle mais heureux chez-soi et qui ordonne sous trois jours le départ des lieux. Cette feuille blanche sur la porte est un cri pour Virginia. Jude, leur mère de 25 ans, est enceinte. Elle a perdu son emploi après la période du Covid. Nulle surprise. Cette décision était connue. Nulle violence également, là n’est pas le propos. Nul besoin d’en rajouter. Ils sont trois, bientôt quatre. Un noyau dur, une carapace, une force. Alternant les voix de Jude, d’Evan et Virginia, Evanthia Bromiley évoque le quotidien, cet amour qui les unit, leurs difficultés sans jamais tomber dans le larmoyant ni céder au désespoir. Car la croyance en un lendemain enchanté, sous un toit commun, dans le parfum du toast grillé, irrigue le texte. Cette humanité, au milieu de tant d’inhumanité, de brimades, d’administrations verrouillées, touche en plein cœur, chamboule. La tension d’un quotidien difficile s’avère insoutenable. Ce rapport entre l’imagination des enfants, nourrie de l’espoir d’un avenir réconfortant, et ces journées qui s’écoulent, irréelles, inconfortables, révoltantes, aux marges de la société « classique », constitue un tour de force littéraire. Le choix d’un regard enfantin quasi merveilleux pour dénoncer l’absurdité de certaines situations, sans en rajouter, a été très fortement salué outre-Atlantique. Une leçon d’intelligence.

Les autres chroniques du libraire

À savoir avant de continuer la lecture ...

X

Les libraires indépendants lisent chaque jour pour vous guider dans l'actualité littéraire et ont plaisir à partager leurs coups de cœur. Pour soutenir leur travail et leur engagement, abonnez-vous ou offrez Page des libraires.

Découvrez nos formules d'abonnement
Déjà abonné.e ? Connectez-vous