Chronique Une question d’orgueil de Pierre Assouline

Par Jean-Baptiste Hamelin Librairie Le Carnet à spirales (Charlieu)

Romancier et biographe, Pierre Assouline s’empare du personnage de Georges Pâques, éminence grise qui trahit son pays durant la guerre froide en livrant des informations aux Soviétiques. Passionnant !

Pâques est l’antihéros par excellence. Peu scrupuleux, peu en phase avec les nouvelles technologies, il est gris et le restera, tout en réussissant à se maintenir à des postes clés de la bureaucratie française, mais tapi dans l’ombre. La quête d’Assouline consiste à se demander ce qui a pu pousser cet homme à trahir son pays au profit des communistes, alors que lui-même ne fut pas affilié à ce parti et, de surcroît, rétif à son idéologie. Il possède la réponse et en fait le titre du roman : une question d’orgueil. Georges Pâques pensait pouvoir jouer un rôle clé dans l’Histoire, atteindre les sommets de l’État. Il n’y parviendra pas et en gardera un goût amer, considérant les hommes politiques de son époque avec mépris et hauteur. Lors de son procès, il explique que son action trouble était dictée par une volonté, bien naïve, d’établir et de maintenir un équilibre de force entre l’URSS et les États-Unis. Il nourrissait à l’égard des Américains une haine farouche stimulée par l’obsession de les voir se conduire en maîtres du monde. Roman d’un homme qui se défait au fil du temps, cette « question d’orgueil » est le roman d’une époque de soupçons et de haines latentes. Pierre Assouline se délecte à décrire les différents interlocuteurs russes de Pâques. En quelques traits, il dresse des portraits d’hommes totalement soumis à leur pays, à leur tâche, humains interchangeables. Ce qui est frappant aussi, c’est l’impunité avec laquelle Pâques traverse la guerre froide, sans peur et sans courage. La volonté d’Assouline est de rendre compte des faits comme s’il en avait été le témoin privilégié. Sa narration à deux temps, au passé pour la vie de Pâques et au présent pour l’enquête, offre au lecteur la sensation d’être au cœur du récit et de partager les interrogations et le travail particulier de l’auteur. Cette proximité avec cet homme et cette immersion dans un système longtemps opaque, confère au roman un rythme soutenu qui aimante le lecteur.

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