Chronique La Jeune Fille et la guerre de Sara Novic

  • Sara Novic
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Samuel Todd
  • Fayard
  • 17/08/2016
  • 350 p., 22 €

Jean-Baptiste Hamelin Librairie Le Carnet à spirales (Charlieu)

Zagreb, été 1991. Ana Juric, 10 ans, court dans les rues de la ville, son terrain de jeu, avec son meilleur ami Luka. Elle est un peu téméraire, un peu garçon manqué. Elle vit avec ses parents, sa sœur Rahela, et possède les rêves d’une petite fille heureuse.

Et soudain la folie meurtrière des adultes désagrège son équilibre. De sa petite hauteur, avec des mots incroyables, voire parfois irrespirables, la petite Ana exprime toute la douleur et la violence de la guerre civile yougoslave. Et Sara Novi se révèle une excellente narratrice. Elle s’offre par le regard d’Ana la possibilité de la vérité crue, subie et incomprise. À la fin de la première partie, Ana est devenue muette après avoir vu ses parents abattus arbitrairement, comme du simple bétail. Ensuite, c’est l’exil aux États-Unis où elle est adoptée par une famille aimante. Comme chaque exilé, Ana se cherchera. Elle témoignera aux Nations Unies de son passé d’enfant soldat devant un parterre blasé. Enfin, elle fera le choix de retourner sur les lieux de son enfance, où elle retrouvera Luka et la famille de celui-ci. Elle se rendra alors compte qu’elle vit l’Histoire différemment de ceux qui sont restés au pays. Dense, ce premier roman est une réussite. La langue se libère pour raconter ce conflit récent par la voix des enfants des protagonistes. Sara Novi réussit le tour de force, grâce à un découpage en quatre parties, d’aborder de nombreux thèmes sur les traumatismes de la guerre. En la personne d’Ana, l’écrivain rend hommage à ceux qui sont devenus enfants soldats parce qu’ils étaient nés au mauvais endroit au mauvais moment. Ana prend les armes, devient soldat et tue. L’Homme redevient, pour sa survie, animal. Enfin, avec un brin d’ironie, Sara Novi dit l’exploitation cynique du malheur de ces enfants. Ils deviennent témoins, mais aussi bêtes de cirque. Le malaise d’Ana est alors palpable, mis en mot grâce à la littérature qu’elle étudie et dans laquelle elle plonge corps et âme afin de comprendre.

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