Chronique Dans la ville en feu de Michael Connelly

  • Michael Connelly
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Robert Pépin
  • Coll. «Coll. « Robert Pépin présente… »»
  • Calmann-Lévy
  • 04/03/2015
  • 400 p., 21.90 €

Harry Bosch est comme un vieil ami, un bon vin qui se bonifie avec le temps. Il appartient à une autre époque. Il aime la vérité même si elle est longue à se dessiner. Il est opiniâtre, décidé, malin, courageux. Le lecteur tremble et il aime ça. Du grand Connelly.

Los Angeles, 1992. Suite au terrible lynchage de Rodney King, jeune noir de 26 ans, par des policiers blancs en 1991 et au procès de ceux-ci dont ils ressortiront totalement blanchis, des émeutes mettent le feu à la ville. Les gangs des rues s’en donnent à cœur joie. Pillant, brisant, ils déferlent avec violence dans le centre de Los Angeles. De très nombreux crimes sont alors commis dans un climat de chaos total. Harry Bosch, qui appartient à une unité spéciale, sillonne la ville et découvre le cadavre d’Anneke Jespersen dans le recoin d’une sombre ruelle. Enquêteur hors pair, il s’étonne de la présence de cette journaliste danoise en ce lieu si reculé. Plusieurs indices l’incitent à penser que ce crime n’est pas seulement crapuleux et qu’il est lié au climat de violence dans lequel est plongée la ville. Toutefois, sous le poids de l’actualité, il doit se résoudre à abandonner cette enquête. Vingt ans après, hanté par le souvenir du visage d’Anneke, il rouvre le dossier malgré l’hostilité très marquée de son supérieur, le lieutenant O’Toole. Avec minutie, il rassemble des détails infimes, de maigres indices. Ainsi, partant d’une douille de Beretta, jonglant avec les fichiers d’identifications des armes en circulation, menant son enquête à la limite de la légalité, posant des congés pour la poursuivre, se heurtant à sa hiérarchie et aux instances disciplinaires, Harry poursuit son travail de fourmi. En vingt ans, les progrès techniques en matière de localisation et d’identification ont été conséquents. Il découvre petit à petit que ce crime est bien plus complexe qu’il en a l’air. Connelly prouve une fois de plus sa capacité à extraire de l’actualité des intrigues à tiroirs, des récits documentés, des faits liés les uns aux autres même si, à l’œil non exercé, ils paraissent totalement isolés. Remontant l’histoire du Beretta, il est conduit à s’intéresser au gang des Rolling Sixties. Il découvre des liens entre l’arme et la guerre en Irak, une guerre qu’Anneke Jespersen, journaliste free-lance, a couverte pour mettre en évidence les exactions commises pendant ce conflit – exactions plus communément appelées « crimes de guerre ». L’histoire prend alors tout son sens, mettant en évidence l’impunité de puissants personnages en quête de profit et de pouvoir. Ces hommes, militaires des forces américaines en Irak appelés en renfort à Los Angeles pour rétablir l’ordre, sont revenus à la vie civile avec un secret bien lourd. Le silence des uns protégeant les autres, Harry s’appuiera sur le « maillon faible » de la bande pour faire éclater la vérité. Outre le caractère addictif de l’enquête, ce nouveau roman de Connelly permet également de découvrir un Harry soucieux du bonheur de sa fille. De nombreuses scènes dépeignant leur relation parsèment le récit et donnent un aspect plus personnel à la lecture. Un fond jazz, avec de nombreuses références citées, offre une bande son remarquable à ce Dans la ville en feu. Un conseil : « Patricia » d’Art Pepper, au Croydon en 1981. Musique et polar, un mariage réussi.

Jean-Baptiste Hamelin Librairie Le Carnet à spirales (Charlieu)

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