Chronique L’anarchiste qui s’appelait comme moi de Pablo Martin Sanchez

Jean-Baptiste Hamelin Librairie Le Carnet à spirales (Charlieu)

Un jour de désœuvrement, Pablo Martín Sánchez découvre qu’un anarchiste révolutionnaire de la première partie du XXe siècle portait son nom. Le romancier devient historien, l’historien devient raconteur d’histoires, le roman devient d’aventures et le lecteur, pris au piège, se régale. C’est finalement assez simple l’écriture !

Dans le Belleville des années 1920, vivent des réfugiés espagnols, anarchistes, pamphlétaires, écrivains et poètes, dans une joyeuse ferveur intellectuelle, foisonnement nécessaire à des rêves révolutionnaires. En Espagne, dans le même temps, Miguel Primo de Rivera, capitaine général de Catalogne, entame une ère politique de sept années, une ère de dictature. Pablo Martin, non l’écrivain, mais le personnage central du roman, est imprimeur dans une petite structure tenue par « Sébastien Faure, vieil anarchiste rougeaud et véhément » le week-end, qui occupe en semaine le poste de gardien d’une propriété. En Espagne, à la fin du XIXe siècle, ce même Pablo Martin grandit auprès d’un père inspecteur dans les écoles et vit dans des pensions au gré des déplacements du paternel, sur son âne fidèle. Pablo Martin, le romancier bien entendu, a entrepris des recherches importantes afin de documenter son œuvre de faits historiques avérés. Toutefois, habilement, grâce à une construction fort maîtrisée, il allie la fiction à ces faits et entraîne vivement le lecteur dans son sillage. La force de ce roman est de faire vivre le lecteur au plus près du quotidien de ces réfugiés espagnols en décrivant, sans aucune longueur, les lieux où ils vivent, travaillent et se regroupent. Les joutes verbales, les prises de parole, l’orgueil de certains révolutionnaires de salon offrent une peinture vivante de cette période. L’autre grande qualité de joli pavé est la beauté des personnages secondaires dans les deux périodes décrites. Robinson, cet ami d’enfance étonnant, venu déloger Pablo de sa tranquillité, est l’un des principaux, se rendant à la révolution comme autrefois à sa cabane. Enfance également où Pablo, avant de devenir journaliste, s’émerveille de la naissance du cinéma, de l’exubérance de Madrid. Ce roman est celui des coïncidences, de nom bien entendu, mais aussi de lieux, de rencontres, de faits. Une magnifique co-édition par Zulma et La Contre Allée.

 

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