Chronique Le Sang et le pardon de Nadeem Aslam

  • Nadeem Aslam
  • Traduit de l’anglais (Pakistan) par Claude Demanuelli et Jean Demanuelli
  • Coll. «Cadre vert»
  • Seuil
  • 04/01/2018
  • 352 p., 22 €

Ce cinquième roman de Nadeem Aslam permet à l’auteur de revenir sur sa terre maternelle, le Pakistan, terre saisissante de contraste entre corruption et violence, entre résilience et espoir.

Le sang. Le roman s’ouvre sur la mort de Massud, architecte, sous les yeux de sa femme et collaboratrice Nargis, lors de l’inauguration de la bibliothèque qu’ils ont conçue dans la ville imaginaire de Zamana. Il meurt d’une balle perdue, dans une fusillade entre un espion américain et des tueurs pakistanais. Lui qui a pensé toute sa vie à la beauté et à la culture s’éteint vulgairement, victime innocente d’une violence haïe. Le pardon. Nargis est sommée de pardonner publiquement au criminel la mort de son mari, tandis que du haut des minarets un mystérieux personnage délivre à tous les secrets les plus terribles, les blasphèmes les plus condamnables. Nargis s’enfuit alors, apeurée que son passé répréhensible ne soit dévoilé. Le mystère, la fable, la magie de la narration habitent l’écriture d’Aslam. Cette fuite en compagnie de la chrétienne Helen et du Cachemirien, terroriste en formation, Imran, les conduit sur une île déserte où Nargis et Massud avaient prévu l’édification côte à côte d’une église et d’un temple Hindou. Ce trio devra vivre isolé du monde, cohabitant avec leurs différences, pour ne pas être découverts et subir de nouvelles violences. Symbolisme fort mais non simpliste, fable magique mais non roman estampillé « réalisme magique », Le Sang et le pardon s’ancre dans les champs du possible d’une société tiraillée entre le passé traditionnel et l’avenir. Aslam décrit avec précision le cynisme de la sphère politique mais continue à penser, chant d’espoir salutaire, que l’idéologie collective peut céder face à l’individu. La violence du quotidien incite alors les Pakistanais à éviter les confrontations, à trouver, petits trésors enfouis dans les règles strictes, des poches de bonheur, de beauté et de culture. Ce roman est à lire comme un hymne d’espoir.

Jean-Baptiste Hamelin Librairie Le Carnet à spirales (Charlieu)

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