Chronique Route 62 de Ivy Pochoda

  • Ivy Pochoda
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Adélaïde Pralon
  • Coll. «NULL»
  • Liana Levi
  • 06/09/2018
  • 360 p., 22 €
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Jean-Baptiste Hamelin Librairie Le Carnet à spirales (Charlieu)

Los Angeles, début de journée. Les voitures sont à l’arrêt dans les embouteillages quotidiens, climatisations enclenchées, radios hurlantes… La routine ! Soudain, un homme, nu, blond, fin, presque beau, court entre les voitures.

C inq ans après De l’autre côté des docks (Liana Levi), prix Page/America, Ivy Pochoda est de retour. Et quel retour ! Cette scène inaugurale, cinématographique, fait aussitôt basculer le lecteur dans un monde qu’il ne maîtrisera pas, sur une route, des routes empruntées par les différents personnages du roman. Des routes non voulues, des chemins de circonstances, des autoroutes d’indifférence. Tony, un avocat lisse, voit cet homme courir. Mû par une soif irrationnelle de liberté, il se rue hors de son habitacle, abandonne son véhicule et se met à poursuivre cet étrange coureur. Les réseaux sociaux se chargeront du reste. Britt, joueuse de tennis, trouve refuge dans un ranch d’élevage de poulets en plein désert et, sous la houlette de Patrick, véritable gourou, devient tueuse à la chaîne de volatiles. Quelle scène ! Blake et Sam, duo pathétique de petites frappes à la dérive, sont livrés à un quotidien de galères, augurant d’un avenir fait de vengeances. Ren, jeune graffeur tout juste sorti de taule, part retrouver sa mère, toxico vivant dans les rues, oubliant alors toute illusion d’un monde meilleur. Ces personnages ont en commun un ordinaire glauque, des lendemains incertains. Ivy Pochoda entrelace leurs vies au fil des chapitres. Tout est diabolique dans cette œuvre, rien n’est artificiel, les rencontres sont évidentes, les chemins se croisent car ce monde est petit et qu’à ce stade du désespoir, tout conduit au même point, la rue, du dealer à l’avocat, de la sportive à l’ex-taulard. Roman noir, Route 62 est le fruit d’une juste maturité de rencontres effectuées par Ivy Pochoda lors d’une résidence d’auteurs. Ces vies d’infortunes sont autant de reflets de la société du costume, société qui perd tout son sens lorsque ce costume est quitté et que le corps, la vie se mettent à nu. Implacable.

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