Chronique Daisy Sisters de Henning Mankell

  • Henning Mankell
  • Traduit du suédois par Agneta Segol et Marianne Segol-Samoy
  • Coll. «Coll. « Cadre vert »»
  • Seuil
  • 02/04/2015
  • 502 p., 22.50 €
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Les éditions du Seuil ont la bonne idée de publier la première fiction de Henning Mankell qui date de 1982. Pourtant, Daisy Sisters n’a rien d’un roman de débutant. Tous les thèmes chers à l’auteur sont déjà présents, ainsi que son incroyable talent.

1941. Vivi et Elna, deux Suédoises de 17 ans, décident de faire un voyage à bicyclette près de la frontière norvégienne. Cette virée va rapidement tourner au cauchemar. Elna se fait violer par un jeune soldat et tombe enceinte. Pour sa fille, qu’elle appelle Eivor, elle espère un avenir plus radieux et la pousse à faire des études. Mais Eivor n’aime pas l’école et souhaite travailler pour fuir cette petite ville ferroviaire qui l’étouffe. Elle semble avoir trouvé son bonheur dans la « métropole du textile ». Elle commence d’abord à l’usine, mais ne perd pas de vue ses ambitions de couturière. Nous sommes dans les années 1960 et il fait plutôt bon vivre quand on a 18 ans. Mais Eivor tombe enceinte et décide d’épouser son petit ami. Si au début, elle croit être heureuse, elle se rend vite compte que ce mariage risque d’entraver ses rêves d’émancipation. Peut-on parler de malédiction de mère en fille, ou l’auteur se contente-t-il de décrire ce qui était alors la destinée de la plupart des femmes ? Avec une grande sensibilité, Mankell dépeint les désillusions qui ont bercé tant de générations de femmes. Si la maternité est censée être un bel événement, il nous rappelle qu’elle est aussi une prison pour les mères, surtout lorsqu’elles sont dotées de maris têtus et infidèles. En plus d’être un magnifique roman féministe, Daisy Sisters est aussi un portrait social de la Suède. La force de cette œuvre tient dans le fait qu’elle est aussi intimiste qu’universelle. En effet, à travers cette relation mère/fille, Mankell raconte la classe ouvrière, les premiers congés payés, sans oublier l’alcoolisme et l’apparition de l’amiante… Et cette Eivor, quelle personnalité ! Elle est forte et intelligente, malgré sa soumission aux carcans de la société. Il serait vraiment dommage de ne pas la connaître.

Marie-Laure Turoche Librairie L’Écriture (Vaucresson)

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