Chronique La Dernière Conquête du major Pettigrew de Helen Simonson

  • Helen Simonson
  • Traduit de l’anglais par Johan Frederik Hel-Guedj
  • Nil
  • 15/03/2012
  • 512 p., 21 €

Un petit extrait pour vous mettre dans le bain : « Attention, attention, fit-il, en sentant une éclaboussure de thé brûlant sur son poignet. La passion, c’est bien mais il ne faudrait pas qu’elle renverse le thé. » L’amour fou revu et corrigé par le major Pettigrew… Mesdames, vous allez succomber !

Edgecombe St Mary, dans la campagne du Sussex, Angleterre. Ce village est tout pour le major Pettigrew. Retraité et veuf depuis quelques années, il vit seul dans sa grande maison. Pettigrew est un gentleman comme on n’en voit plus, à tel point que l’on a parfois l’impression de lire un roman d’un autre siècle. Profondément attaché à ses racines anglaises et aux qualités qui s’y attachent, le major supporte avec beaucoup de difficultés l’agitation de notre époque. Il ne comprend plus son fils Roger qui, dévoré par son ambition, est devenu un être froid et calculateur. Ses seuls amis sont ses partenaires de golf, qui cherchent la moindre occasion pour fuir leurs épouses. Ah ces femmes d’Edgecombe… On les déteste autant qu’on les adore. Elles ont un énorme potentiel comique : leurs préjugés, leurs cancans, leurs tenues ridicules. Et lorsqu’elles décident d’organiser un bal costumé sur le thème de l’empire Moghol, on assiste à un vrai moment jubilatoire. Puis la vie de Pettigrew reprend soudain du sens grâce à la douce Madame Ali. Elle tient la supérette du village avec son neveu Abdul Wahid. Lorsque Pettigrew perd son frère, elle lui sera d’un incomparable secours. Leur veuvage respectif et leur admiration pour Kipling les rapprochent. Seulement, même dans un petit village comme Edgecombe, l’amour rencontre toujours des obstacles. En effet, il ne faut pas se fier au caractère tranquille de nos deux protagonistes, car il y a bel et bien de l’action dans ce roman. Juste pour vous mettre en appétit, vous assisterez à une bagarre générale, une scène de chasse violente où des enfants sont pris au piège (légère exagération), une tentative de meurtre avec une aiguille à tricoter et même un enlèvement ! Pettigrew et Madame Ali sont victimes de l’intolérance et de la bêtise des habitants. Bien que née en Angleterre, Jasmina Ali reste une Pakistanaise, alors que le major Pettigrew est, lui, un véritable fruit du Royaume-Uni. Et comme si cela ne suffisait pas, la famille vient en rajouter. Abdul Wahid est déchiré entre sa foi et son amour pour Amina et son fils illégitime. Quant à Roger, son égoïsme et son avidité le détruisent à petit feu. Plus qu’une histoire d’amour, le roman d’Helen Simonson livre une réflexion sur les racines, la culture et le poids de l’héritage, qu’il soit matériel ou moral. À travers cette galerie de personnages, l’auteur décortique le genre humain et ce n’est parfois pas très joli à regarder. Mais nul cynisme dans ce livre, juste beaucoup d’humour et de charme.

Par Marie-Laure Turoche, Librairie L’Écriture, Vaucresson

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