Chronique Rue Darwin de Boualem Sansal

Après Le Village de l’Allemand, Boualem Sansal raconte, dans Rue Darwin, le parcours de Yazid, un Algérien à la recherche de ses racines, et montre de l’Algérie une autre facette tout aussi surprenante et bouleversante.

Dans un hôpital parisien, une vieille femme est en train de mourir. Autour d’elle, ses enfants réunis grâce à Yazid, le fils aîné. Cette famille n’avait pas été au complet depuis des années. Tous ses membres sont dispersés aux quatre coins du monde. Seul Yazid est resté en Algérie pour s’occuper de sa mère. C’est au moment de lui dire adieu qu’une voix se fait entendre dans sa tête : « Va, retourne à la rue Darwin. » C’est la rue de son enfance, située dans le quartier de Belcourt, à Alger. Mais la rue Darwin n’a pas été sa première maison. Sa petite enfance, Yazid l’a passée en compagnie de sa grand-mère adoptive, Djéda, une maquerelle à la tête d’une puissante organisation. Il semble avoir été heureux durant cette période, grandissant avec les autres enfants des prostituées. À 8 ans, sa mère réussit à l’emmener avec elle près d’Alger, dans sa nouvelle famille. C’est le début de la guerre d’indépendance. Dans ce roman, on découvre aussi l’histoire bouleversante de Daoud, un autre fils de la maison de Djéda, d’où il a été chassé à cause de son homosexualité. Un magnifique personnage. Rue Darwin raconte l’Algérie d’avant et d’après la guerre. À travers Yazid, on découvre le quotidien des enfants pendant la bataille d’Alger et on suit la montée de l’islamisme : « Pauvres de nous, qui croyions que fuir devant l’islamisme était la chose à faire, quand c’était la plus mauvaise, lui offrir l’espace pour se propager et massacrer plus de gens. » Rue Darwin raconte la souffrance d’un pays et la manière dont l’exil est devenu le seul espoir des jeunes. Mais c’est avant tout un roman sur la famille et sur la difficulté d’avoir deux mères, qui pose la question de l’identité, celle du narrateur et celle d’un peuple. Boualem Sansal est un grand écrivain, il le prouve à nouveau avec ce livre passionnant d’intelligence. Et malgré les menaces dont il fait l’objet, malgré la censure dont il est victime dans son pays, il continue de s’exprimer, car pour lui : « c’est un grand crime, le silence. Le plus grand de tous. »

MARIE-LAURE TUROCHE, Librairie Coiffard, Nantes

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