Chronique Cent Portes battantes aux quatre vents de Steinunn Sigurdardottir

Comme le promet son titre, ce texte est un véritable poème : métaphores, exaltation du sentiment amoureux et sensualité. On suit avec délice la cocasse Brynhildur dans ses souvenirs, entre Paris et les déserts islandais. 

Femme mariée et mère de deux filles, Brynhildur, une Islandaise, passe quelques jours à Paris. Elle profite de cette parenthèse pour se remémorer ses années d’étudiante et tenter de comprendre la frustration qui l’accompagne depuis cette époque. Brynhildur a comme le sentiment d’être passée à côté de l’essentiel, de ne pas « coïncider » avec elle-même, d’avoir été « flouée ». En effet, obsédée par son professeur, elle passait ses journées à le suivre, arpentant les rues à proximité de son domicile et de la Sorbonne afin de provoquer une rencontre hasardeuse. Cette rencontre aura finalement lieu, des déclarations, des baisers seront échangés. Elle touche enfin du bout des doigts cet amour idéalisé, amour qui s’envolera aussi vite qu’il avait émergé. Car l’homme ne peut ou ne veut vivre cette histoire. Dès lors, tout sera sans saveur : « il avait entrouvert la porte du bonheur, m’avait laissé jeter un œil sur la splendeur avant de me claquer la porte au nez. » Même cette aventure sans lendemain pourtant digne des Mille et une nuits, vingt ans après, avec un marchand de paravents, restera fade. Cependant, Brynhildur prendra conscience que des portes se sont maintes fois ouvertes. Hélas, poursuivant cet amour inaccessible, elle les a trop souvent laissées se refermer ou n’a pas su apprécier ce qu’il y avait derrière. Dans ce texte magnifique, entre lyrisme et érotisme, l’auteur analyse l’esprit féminin et ses désirs, livrant une vraie réflexion sur la quête amoureuse. Brynhildur reproche à ses filles de favoriser « l’hyper-utilitarisme », autant dans le choix de leurs études que dans celui de leurs amours. Doit-on courir après un idéal ou préférer un amour plus confortable ? Doit-on privilégier la passion ou la raison ? De grandes questions que les philosophes grecs se posaient déjà mais qui continuent de nous troubler. Et si finalement, Brynhildur avait depuis longtemps ouvert la bonne porte ? Ce jour où un ami a frappé chez elle alors qu’elle était désespérée…

 

MARIE-LAURE TUROCHE, Librairie L'Écriture, Vaucresson

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