Chronique Le Docteur Thorne de Anthony Trollope

Publié en 1858, Le Docteur Thorne est le troisième volet des Chroniques de Barsetshire, série de six romans qui tiennent la chronique provinciale du comté imaginaire du Barset, en Angleterre. Dans ce roman, Anthony Trollope s’intéresse particulièrement à la gentry, c’est-à-dire à la bonne société anglaise.

Il était une fois à Greshamsbury, dans le comté du Barset, un grand et beau manoir dans lequel vivait la famille Gresham. Lady Arabella appartenait à une branche aristocratique et nous verrons que ce détail a son importance. Mr Gresham était un simple squire de campagne, et bien qu’il possède cette fabuleuse propriété et cette grande demeure, Lady Arabella a dérogé à sa haute naissance lorsqu’elle l’a épousé. Évidemment, à ce moment-là, elle pensait que son mari serait élu au Parlement, mais cela n’a pas été le cas. De plus, Mr Gresham, qui est un homme adorable mais un très mauvais gestionnaire, a contracté de nombreuses dettes. Il doit notamment beaucoup d’argent à Roger Scatcherd, un ancien maçon devenu riche grâce à la construction de chemins de fer. Greshamsbury Park est donc en péril. Désormais, tout repose sur le jeune héritier Frank Gresham. Afin de pouvoir sauver son patrimoine, il doit épouser « une fortune ». Seulement, Frank est très épris de Mary Thorne, la nièce du médecin du village. Son oncle est un ami de longue date de Mr Gresham. Il soigne la famille du squire et l’aide dans ses transactions avec Roger Scatcherd, avec lequel il partage un lourd passé. Lady Arabella va alors tout faire pour séparer les deux amoureux. Elle bannira Mary du manoir, poussera son fils dans les bras d’une autre et l’enverra à l’étranger. Mais Frank refuse de renoncer à sa belle. Peu importe sa condition et peu importe le mystère qui entoure ses parents, car Frank appartient à cette nouvelle génération qui ne supporte plus les obligations liées au statut et à la naissance. Il souhaite exercer une profession libérale et gagner sa vie : « s’il existe au monde une foutaise creuse et fausse, c’est la théorie de la noblesse de la naissance et de la pureté du sang, que certains d’entre nous s’efforcent de préserver. » Trollope dénonce les méfaits de l’argent : le manque d’argent et le trop-plein d’argent. Ainsi, Scatcherd avoue bien volontiers qu’il était beaucoup plus heureux lorsqu’il était maçon. L’auteur s’amuse également à ridiculiser les aristocrates et ceux qui se prennent pour tels. Certaines scènes et descriptions sont dignes des pièces de Molière. Trollope n’hésite pas à intervenir lui-même dans la narration pour donner des pistes et émettre certains jugements, ce qui permet de rendre son récit plus vivant. Il sait comme personne décortiquer le genre humain ; l’art de la manipulation est au cœur de ce roman. Les classiques ont encore beaucoup à nous apporter.

Par Marie-Laure Turoche, Librairie L’Écriture, Vaucresson

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