Chronique Just Kids de Patti Smith

  • Patti Smith
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié
  • Coll. «NULL»
  • Gallimard
  • 26/10/2017
  • 336 p., 35 €
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Pour cette fin d’année, les éditions Gallimard ont eu la bonne idée de publier une version « luxueuse » de Just Kids paru chez Denoël en 2010. Ce livre est un magnifique cadeau : il contient de la poésie, de l’art, de la musique, de la littérature et surtout beaucoup d’amour. L’âme de Patti Smith y est tout entière.

« C’était l’été de la mort de Coltrane. […] Des émeutes éclataient à Newark, Milwaukee et Détroit. C’était l’été d’Elvira Madigan, l’été de l’amour. Et dans cette atmosphère instable, inhospitalière, le hasard d’une rencontre a changé le cours de ma vie. C’est l’été où j’ai rencontré Robert Mapplethorpe. » Patti Smith a vingt ans lorsqu’elle débarque à New York avec une petite valise et les Illuminations de Rimbaud dans sa poche. Sa rencontre avec Robert Mapplethorpe est digne d’un film romantique. Et du romantisme au mythique, il n’y a finalement qu’un pas. Ils se croisent brièvement à Brooklyn, puis dans une succursale de Brentano’s où elle travaille comme caissière. Robert viendra lui acheter un collier. Elle lui dira sans réfléchir : « Ne le donne à aucune autre fille que moi ». Ils se reverront plus tard, complètement par hasard. Robert la sortira de l’embarras en se faisant passer pour son petit ami. Ils ne se quitteront plus. Ils n’étaient « rien que des gamins », ils vont devenir tous les deux les artistes talentueux que l’on connaît aujourd’hui. En 1969, ils trouvent refuge au légendaire Chelsea Hotel. Le propriétaire acceptait d’être payé en œuvres d’art. Ils vont intégrer une communauté de marginaux, d’écrivains, de peintres ou de musiciens. On croise la fabuleuse Janis Joplin, Allen Ginsberg, Andy Warhol ou encore Sam Shepard avec qui Patti Smith aura une liaison. Il est captivant de suivre pas à pas l’évolution de leur art respectif. Comment Patti Smith est passée de la poésie à la chanson jusqu’à la naissance de son album Horses. Comment Robert Mapplethorpe a découvert sur le tard sa passion pour la photographie. Mais la beauté du livre est surtout dans ce couple qui fascine. Patti et Robert ne s’arrêtent jamais de travailler, de créer, de s’intéresser, de s’aider, de s’aimer sans jamais se quitter véritablement.« Séparés, nous réalisions avec une clarté plus éclatante encore que nous ne voulions pas être l’un sans l’autre. » Les mots de Patti Smith nous envahissent, son émotion et sa sensibilité, son amour pour l’art sous toutes ses formes et son amour pour Robert prouvent que le monde sait être beau. Comment vous décrire cette gorge qui se serre quand elle raconte la mort de Robert Mapplethorpe ? « Pourquoi ne puis-je écrire des mots qui réveilleraient les morts ? » Dans cette nouvelle édition, à la couverture rigide et au format plus important, d’autres photographies ont été ajoutées, certaines en pleine page absolument magnifiques. Une section inédite, « Au lecteur », vient clore le livre. Il s’agit des poèmes écrits par Patti Smith, tous plus touchants les uns que les autres, notamment la « Chanson du souvenir » écrite lors de la mort de Robert Mapplethorpe : « Petite âme d’émeraude/Petit œil d’émeraude/Petit oiseau d’émeraude/Nous devons nous quitter. » Couronné par le National Book Award, Just Kids est l’histoire de deux « gamins » qui se sont reconnus, deux artistes qui se sont inspirés et qui désormais nous inspirent à leur tour.

Marie-Laure Turoche Librairie Coiffard (Nantes)

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