Chronique La Fabrique des illusions de Jonathan Dee

  • Jonathan Dee
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Éric Neuhoff
  • Coll. «Coll. « Feux croisés »»
  • Plon
  • 23/08/2012
  • 448 p., 22.50 €

Après le succès des Privilèges, les éditions Plon ont décidé de publier le précédent roman de Jonathan Dee, La Fabrique des illusions, paru en 2002 aux États-Unis. Entre art et publicité, amour et désillusion, l’histoire d’un homme qui voit resurgir du passé celle qu’il n’a jamais oubliée.

Nous sommes dans les années 1980 à Ulster, petite ville de l’État de New York. Ulster est ce genre d’endroit où il semble facile de construire son bonheur : maison, travail à proximité, école pour les enfants et voisins sympathiques… Pourtant, rapidement, on étouffe. C’est ici que grandit Molly Howe avec ses parents et son frère. Elle est une très belle jeune fille qui exerce une certaine fascination chez tous ceux qui la rencontrent. En parallèle, nous suivons l’histoire de John Wheelwright dans les années 1990. Il est publicitaire dans une importante compagnie à New York. Un jour, l’un de ses associés, Mal Osbourne, grande figure de la publicité et collectionneur d’art, lui propose de tout quitter pour le suivre dans sa nouvelle entreprise. Son but : redéfinir la publicité en en faisant une expérience esthétique. De ce fait, ni le nom du produit ni celui du client ne seront jamais cités. Dans cette aventure, ils sont rejoints par des artistes plus excentriques les uns que les autres. Paradoxalement, le concept d’Osbourne devient un phénomène et le monde de la publicité (et la dictature du slogan) s’en trouve bouleversé. Cette idée de faire progresser l’histoire sur deux époques est très habile, puisqu’on ne lâche pas le livre tant que les deux protagonistes ne se sont pas croisés, et qu’il soit enfin possible de comprendre le lien qui les unit. En s’attaquant à l’univers de la publicité, Jonathan Dee veut montrer à quel point notre société est devenue consumériste et superficielle. De quelle façon les slogans nous imposent ce qu’il faut aimer, manger ou porter, nous uniformisant tous. Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. Mais l’auteur va encore plus loin ; il nous invite à réfléchir sur notre propre comportement avec autrui. Comment nous adaptons notre attitude, notre discours en fonction des gens avec qui nous nous trouvons : amis, famille, collègues… Et parfois même, nous allons jusqu’à « fabriquer nos propres illusions », comme les parents de Molly qui deviennent fous à force de vouloir sauver leur couple. Molly refuse de vivre ainsi. Elle ne sait pas paraître, elle est. « C’est la pureté […] Elle ne se trouve pas changée par le fait d’être observée. Tu comprends ? Comme une œuvre d’art. » Une œuvre d’art, un tableau est fait pour être admiré, mais qui se cache derrière la toile ? Molly est véritablement magnétique, même le lecteur est pris au piège. Elle ne sait pas être intime avec quelqu’un, elle garde la distance par le sexe et par ses silences : « Elle fabrique ces silences. Elle te demande quelque chose, tu lui réponds, et puis soudain il y a simplement ce silence. » Si dans un premier temps La Fabrique des illusions peut apparaître comme un énième roman critiquant la société américaine puritaine (notamment avec le frère de Molly devenu prédicateur), hypocrite et décadente, il est plus profond que cela. L’auteur explore l’âme humaine et la conscience de soi. Mais avant tout, c’est une triste et magnifique histoire d’amour, à la façon de Jonathan Dee.

Par Marie-Laure Turoche, Librairie L’Écriture (Vaucresson)

Les autres chroniques du libraire

À VOS MARQUES, PRÊTS, LISEZ !

Panne d'inspiration ?

Nos libraires vous conseillent à domicile
tous les vendredis pour vous et vos enfants

Je veux recevoir 6 idées lectures pour moi et ma famille

@