Chronique Les Luminaires de Eleanor Catton

Marie-Laure TUROCHE (L'Écriture - 92420 Vaucresson)

Hokitika, petite ville de Nouvelle-Zélande, 1866. Un homme qui disparaît, un trésor, une réunion secrète et deux femmes fascinantes. Récompensé par le Man Booker Prize, voici un roman ambitieux et formidable où chaque personnage a son importance. Les Luminaires, c’est presque mille pages de pur plaisir.

 

Écrire sur Les Luminaires est un véritable plaisir. À l’image des mille pages, il possède mille richesses. On peut disserter sur la structure narrative, analyser les personnages que l’auteure présente à la lumière des astres… parler de l’histoire palpitante et pleine de rebondissements… On pense à Agatha Christie, bien sûr, mais aussi aux grands auteurs anglo-saxons du XIXe siècle, tel Dickens. C’est par ailleurs un roman d’aventures prenant pour thèmes la ruée vers l’or et l’immigration, à travers deux exilés chinois notamment, l’un fumeur d’opium et l’autre fondeur d’or. Tous les ingrédients de la saga de haut vol sont réunis : chasse au trésor, meurtre, ambition politique, amour et trahison, le tout raconté par une brillante conteuse. Il faut toutefois tenter de synthétiser tout cela. Commençons par le commencement. Le livre est composé de douze parties qui rappellent évidemment les douze signes astrologiques. De même, douze personnages vont êtres mêlés à une sombre histoire de disparition, de meurtre et de vol. L’auteure a choisi de dresser une carte des personnages qui les divise en deux catégories : stellaires et planétaires. Si cette carte laisse d’abord perplexe, on se surprend finalement à s’y reporter souvent durant la lecture. Ces fameux douze personnages sont réunis dans l’arrière salle d’un hôtel pour tenter de résoudre certains faits étranges. C’est à ce moment-là qu’entre en scène Walter Moody, jeune Britannique qui a pour ambition de faire fortune. Il devine rapidement qu’il trouble une sorte de réunion secrète. Lui-même vient de vivre une expérience presque surnaturelle lors de sa traversée. Sa curiosité et sa volonté de comprendre vont le pousser à interroger les hommes sur ces différents événements qui animent la communauté. Entre intrigues, manipulations et ambitions, il faut démêler le vrai du faux. Soit : qui a tué Crosby Wells ? Pourquoi Anna, la prostituée opiomane, s’est-elle retrouvée inconsciente dans la rue ? Et comment peut-elle posséder des robes cousues d’or ? Et surtout, où se trouve le jeune, beau et riche Emery Staines ? Chaque chapitre est raconté du point de vue de l’un des personnages. Les angles de vue diffèrent et les pièces du puzzle se rassemblent peu à peu. Pour structurer son récit, Eleanor Catton utilise un procédé emprunté aux grands auteurs classiques. Ainsi, au début de chaque chapitre, la romancière annonce ce qui s’apprête à suivre. Cela donne : « Où Joseph Pritchard esquisse sa théorie du complot », « George Shépard fait une proposition calculée », « Harald Nilssen accepte, sur un ton de remontrance, de rendre visite à Ah Quee. » Mille pages et mille adjectifs pour qualifier ce roman… Restons toutefois simple : ce livre est brillant ! Eleanor Catton réussit l’exploit de réaliser deux records dans l’histoire du Man Booker Prize : celui du plus jeune auteur (elle est née en 1985) et du livre le plus épais. Avec Les Luminaires on retrouve cet enchantement presque enfantin de la lecture : être embarqué loin, loin… L’aventure, l’amour, le mystère…

 

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