Chronique Bataille de chats de Eduardo Mendoza

  • Eduardo Mendoza
  • Traduit de l’espagnol par François Maspero
  • Coll. «Coll. « Cadre vert »»
  • Seuil
  • 01/03/2012
  • 396 p., 22 €

Bataille de chats se déroule sur quelques jours dans une Espagne au bord de la guerre civile. Mendoza délaisse Barcelone pour Madrid, la ville de toutes les intrigues. Entre art, politique et amour, un vrai plaisir de lecture.

Anthony Whitelands est un Britannique expert en peinture espagnole du XVIIe siècle. Il part pour Madrid à la demande d’un mystérieux marchand de tableaux afin d’estimer la collection du duc de la Igualada. La vente de ses tableaux devrait permettre au duc et à sa famille de quitter l’Espagne. On devine très vite que ce voyage ne sera pas si simple. Anthony se retrouve mêlé malgré lui à des malversations politiques et à un combat qui n’est pas le sien. Tout comme Vélasquez, le peintre qu’il admire, notre Anglais est un peu hermétique au monde extérieur, préférant se réfugier dans l’art. Et pourtant, il va devenir un instrument, alternativement aux mains de la Phalange et de la police espagnole ; sans oublier son ambassade qui le suit de très près. Anthony aurait tout intérêt à fuir rapidement ce lieu maudit, sauf qu’il tombe amoureux. Deux fois. D’abord de la fille du duc, Paquita, qui n’a d’yeux que pour José Antonio Primo de Rivera, le chef de la Phalange, ensuite d’un tableau, un chef-d’œuvre inconnu qu’il attribue à Vélasquez. C’est cette peinture qui est à la base de tout. Si Anthony confirme son authenticité, elle permettra au duc de fournir des armes à la Phalange. L’art au cœur de la politique… Construit comme une enquête policière, Bataille de chats happe le lecteur dès les premières pages. L’analyse politique est finement menée et les détails historiques servent l’action de façon très habile. Mais ce qui fait la véritable originalité du roman, c’est la façon dont Mendoza parle de la peinture. Les tableaux prennent forme dans l’esprit d’Anthony (et dans celui du lecteur) et lui dévoilent des réalités cachées. Tel est d’ailleurs le but de l’art : représenter le monde pour mieux en révéler les mystères. Le musée du Prado devient ainsi le lieu de conscience d’Anthony Whitelands. Mendoza lui-même compare son roman au tableau du Titien, La Mort d’Actéon, où tout est conçu pour nuire au protagoniste, avant même qu’il n’ait pu agir.

Marie-Laure Turoche Librairie L’Écriture, Vaucresson

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