Entretien Yo-yo de Steinunn Sigurdardottir

Yo-yo raconte l’histoire d’un homme qui se retrouve confronté à son pire cauchemar. Pourtant, il s’agit d’un roman lumineux, poétique, drôle et plein de pudeur. Seule une talentueuse Islandaise comme Steinunn SigurdardÓttir pouvait réussir cet exploit : trouver la beauté dans la noirceur du monde.

Martin Montag, 34 ans, est un cancérologue reconnu à Berlin. Il a tout pour être heureux : il vit avec une femme qu’il aime, il est en bonne santé et son métier est sa passion. Pourtant, un jour, tout se détraque : « Quelqu’un surgit d’un lointain passé. » Martin se trouve face à un patient qui est celui qui l’a violé quand il était enfant. Dés lors, son cœur se brise, littéralement ; il pense qu’il va mourir d’une crise cardiaque. Heureusement, l’ami est là. Cet ami s’appelle aussi Martin. Ancien vagabond d’origine française, il est devenu son double, son pilier… Le roman se passe sur une seule journée. Entre lumière et noirceur, dans un Berlin magnifié par le printemps en train d’éclore, Martin vit une longue descente en enfer… La tension va crescendo avec cette phrase répétée comme un refrain : « Je revenais de l’école. » Steinunn Sigurdardottir voulait écrire un roman sur l’inceste car il paraît que « ça ne se fait pas. » Pourtant, malgré l’horreur du sujet, il s’agit bel et bien d’un roman d’amour.

 

Page — Votre nouveau roman s’intitule Yo-yo. Pouvez-vous nous expliquer ce titre plutôt intrigant ?
Steinunn Sigurdardottir — Yo-yo est un jeu d’enfant, comme chacun sait. Le personnage principal, Martin Montag, est un cancérologue reconnu à Berlin. Il est beau, il est jeune, il est amoureux. Sa vie se retrouve complètement bouleversée après la visite d’un patient atteint d’une tumeur à l’œsophage. Il n’aime pas ce monsieur, il est désagréable et se plaint tout le temps. Pourtant, Martin Montag est un médecin passionné. Il est prêt à tout pour ses malades. Notre personnage principal commence à se sentir malade. Il a 34 ans, il court tous les jours, mais il pense qu’il va faire une crise cardiaque. Il se méfie de son cœur. Puis, en observant la radio de son patient, il se rend compte que la tumeur ressemble étrangement à un Yo-yo. C’est très rouge et rond. Il a aussi reconnu cette tâche de naissance sur son doigt. Cet homme est celui qui lui a fait mal quand il était enfant. C’est avec ce jouet qu’il l’avait attiré dans le parc. Il se met alors à songer à sa vie, aux origines de son amitié avec un ancien clochard français, Martin Martinetti.

Page — Dans votre livre précédent, Cent portes battantes aux quatre vents (Héloïse d’Ormesson), le passé et le présent s’entremêlaient. Vous réitérez ici. Avez-vous une méthode d’écriture pour rendre cette confusion des temps ?
S. S. — Il faut être très précis, très technique, d’autant que le livre se déroule sur une journée. Mais mon premier roman a été publié en 1969, j’espère avoir l’expérience qu’il faut pour aborder les sujets difficiles comme c’est le cas ici. Il faut savoir que toutes mes idées viennent de mon cœur et non de ma tête.

Page — Martin Montag est en proie à un combat intérieur. La question morale que vous soulevez est par ailleurs très actuelle : doit-on se faire justice soi-même ?
S. S. — C’est une question morale et c’est aussi une question de vie et de mort. En tant que médecin, doit-il soigner son patient ou doit-il le tuer comme le lui dicte son impulsion première ? C’est une telle lutte qu’on ne sait pas si notre personnage principal va survivre. Moi-même, je me suis posé la question. Mais l’amitié est là. On ne trouve pas que des choses sombres dans ce roman ; la lumière vient de l’amitié et c’est peut-être ce qu’il y a de plus important dans nos vies. C’est l’amitié qui va lui indiquer le chemin à suivre.

Page — Vos deux personnages principaux : Martin le médecin et Martin l’ancien clochard français, deux amis distincts ou une seule et même personne ?
S. S. — Ce n’est pas à moi de répondre à cette question. C’est au lecteur de décider. En tout cas, tous mes lecteurs islandais adorent Martin Martinetti. Les femmes tombent amoureuses de lui. Moi, je suis très inquiète pour la France. Peut-être que la construction de mon personnage français ne sera pas bien perçue ici. Pour en revenir à la question : ils sont des âmes sœurs. Je trouve très drôle qu’on ne puisse pas dire « âmes frères » dans la langue française. Martin Montag adore tout ce qui touche à la France. Lorsqu’il rencontre ce patient français, cultivé, intellectuel… il tombe non pas amoureux, mais presque. Quant à Martin Martinetti, il admire son médecin. C’est une vraie amitié. Ils sont unis par le même traumatisme d’enfance, le même secret. Ils sont des frères de souffrance et c’est peut-être la définition de l’humanité. Nous sommes tous, si on peut dire, dans une même « soupe » de souffrance.

Page — Partagez-vous la passion de votre personnage pour la France ?
S. S. — Oui. Mon amoureux et moi avons vécu à Paris pendant trois ans, puis nous avons déménagé près de Montpellier. Je me suis installée à la campagne pour pouvoir écrire mon roman, Le Cheval Soleil (10/18), car vivre à Paris est trop marrant. On ne peut pas écrire à un bon rythme parce qu’on s’y amuse trop. Aujourd’hui, nous sommes de retour en Normandie pour participer au festival des Boréales et nous sommes très heureux. Notre amour pour la France est tel que je pense que nous allons revenir y vivre après ce séjour prolongé à Berlin.

 

Marie-Laure Turoche Librairie L’Écriture (Vaucresson)

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