Chronique Nulle part sur la terre de Michael Farris Smith

C’est une femme qui revient sur ses pas, là où elle a grandi, avec sa fille qui lui tient la main et un sac poubelle sur l’épaule qui lui tient lieu de vie. C’est un homme qui sort de prison et revient là où il a grandi, mais où on ne l’attend pas avec des fleurs, mais avec des poings. C’est l’histoire de Maben et Russell, l’histoire d’une Amérique qui sent l’huile de vidange, la poussière et la rouille. Alors, évidemment, il n’y a « nulle part sur la terre » pour la rédemption de l’un, de l’autre. On peut ouvrir les fenêtres et foncer sur la highway, tout au bout il ne restera que l’inconnu d’une nuit sans lune, quand les mots ne servent plus à rien, sinon à bégayer un passé d’ivresse coupable. Ici, personne ne gagne, chacun cherche à s’en sortir sans avoir la clé. Les flics font du gras, les héros n’en sont pas, l’Amérique laisse suinter son fard à joue, le rimmel coule noir et dégouline jusqu’au soleil levant. C’est un roman de boxeur, qui vous laisse groggy, pantelant, bouche ouverte.

Jean-François Delapré Librairie Saint-Christophe (Lesneven

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