Chronique Nouvel an de Juli Zeh

  • Juli Zeh
  • Traduit de l’allemand par Rose Labourie
  • Actes Sud
  • 04/09/2019
  • 192 p., 20 €

Connaissez-vous ces romans où les premières pages vous ennuient un peu parce que l’auteur met en place toutes les pièces d’un puzzle dont vous ne voyez les pièces qu’une à une, sans aucune idée de l’ensemble ?

Nouvel An de Juli Zeh fait partie de ceux-là. Vous ne savez pas où vous allez, mais vous ressentez inconsciemment que vous partez loin, très loin, bien plus loin que sur les routes de Lanzarote. Henning est en vacances pour deux semaines sur cette île des Canaries avec sa jolie femme et ses deux beaux enfants. Il part à vélo, avec de mauvaises chaussures, le short qui ne va pas, il oublie de prendre de l’eau. On se dit qu’Henning est vraiment un Allemand à sandales-chaussettes. Pendant qu’il pédale, il nous parle de sa vie, de sa femme, du repas de nouvel an hier soir à l’hôtel, de ce Français qui draguait sa femme. Des choses futiles. Lanzarote n’est pas une île plate, le premier col s’annonce, Henning a mal aux doigts de pieds (les mauvaises chaussures !) et son entrejambe chauffe (le mauvais short !). Et la pente, le manque d’eau, le vent de face, sa mémoire se brouille, ses idées divaguent. Il voit le Français et sa femme faisant l’amour, la pente, la chaleur, le manque d’eau, il sait que là-haut il va basculer dans la vallée, la descente, tout va redevenir normal. Il ne reste plus que quelques mètres, tout en haut cette maison, cette femme et le roman bascule. Tout ensuite vous entraîne dans une spirale infernale dans laquelle Henning ne peut que se laisser sombrer. Tout revient violemment de l’enfance comme un boomerang qui vous frappe en pleine face. Vous en dire plus serait gâcher le plaisir que vous procurera ce roman absolument brillant et amoral au possible qui explore nos tréfonds les plus grégaires. Juli Zeh est juriste internationale mais elle est surtout une romancière machiavélique qui vous rappelle combien l’enfance nous façonne et ne nous laisse aucun répit, même à l’âge adulte quand on se persuade que tout va bien. Allez tout va bien, un petit tour de vélo, un premier de l’an, tout va bien.

Jean-François Delapré Librairie Saint-Christophe (Lesneven)

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