Chronique Le Piège de Vernon de Roger Smith

  • Roger Smith
  • Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Elsa Maggion
  • Coll. «Coll. « Robert Pépin présente… »»
  • Calmann-Lévy
  • 03/02/2014
  • 336 p., 20.90 €

Quand la petite Sunny se noie à cause d’un bref moment d’inattention de ses parents, Vernon, assis sur un rocher au-dessus de la plage, observe. Il n’aurait eu qu’à crier, il aurait pu la sauver. Il se tait, il referme le piège.

Vernon Saul est un ancien flic du Cap, mais deux balles dans la jambe ont mis fin à sa carrière. Il traîne sa misère comme agent de sécurité pour les propriétaires de ses villas luxueuses qui bordent les plus belles plages de la ville. La mort de Sunny, il va s’en servir pour tenter de sortir de sa condition. Les parents de la petite sont riches, il s’en fait des amis. Rongé par la culpabilité, Nick, le père, tombe dans les griffes de Vernon. Caroline, sa femme, sombre de nouveau dans sa folie paranoïaque. Tous les ingrédients sont en place pour que Vernon passe à la phase deux de son plan machiavélique. Pour lui qui vient des Flats, un de ces ghettos noirs entourant la ville, c’est peut-être la seule occasion qu’il aura au cours de son existence pour s’en sortir enfin. Et peu importe que ce soit au prix de la mort de cette petite. Ici la valeur d’une vie dépend de tellement de choses autres que la morale ou la compassion. Et puis il y a Dawn la strip-teaseuse et sa fille Brittany que Vernon protègent de la folie de la ville et de ses chausse-trappes. Quand les routes de Dawn et Nick se croiseront, la limite entre les mondes de chacun bougera encore, les langues se délieront. On ne traverse pas impunément la frontière invisible qui sépare les communautés sans mettre en péril l’équilibre fragile qui les régit. Dans cette tragédie où chaque chapitre est une descente vers un monde de plus en plus glauque, Vernon entraînera Nick jusqu’aux limites de l’humain. Mettant admirablement en scène sa ville du Cap, Roger Smith construit un thriller haletant où chaque page montre un peu plus de la noirceur et de la violence de la société sud-africaine, bien loin des images de ce « peuple arc-en-ciel » fantasmé, aperçues lors du décès de l’icône Nelson Mandela. Un polar à l’image de ce pays hors normes.

Jean-François Delapré Librairie Saint-Christophe (Lesneven)

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