Chronique Phares de Vincent Guigueno, François Goven

À mon extrémité ouest du Finistère, j’ai un phare en tête depuis ma plus tendre enfance, celui de l’Île Vierge, le plus haut d’Europe, avec ses 365 marches de granite de Kersanton, comme autant de jours dans l’année. Mais les phares sont comme les enfants d’une famille, tous pareils et tous différents.

Depuis l’Antiquité, les phares gouvernent les routes maritimes. Le mythique phare d’Alexandrie construit sur l’île de Pharos au début du iiie siècle avant Jésus-Christ en est le plus bel exemple. Il est écrit qu’un bûcher à foyer ouvert y brillait en permanence. Ainsi, l’homme s’est rendu compte très tôt de la nécessité de pouvoir guider les bateaux depuis la terre. Et c’est le développement des échanges maritimes, la valeur des stocks embarqués qui pousseront les marins à réclamer une sûreté que seuls les phares seront à même d’assurer, œil ouvert sur la mer tout autant que repère sur la côte. Ce que donne à voir ce magnifique ouvrage des éditions du Patrimoine, ce n’est pas seulement un inventaire exhaustif des phares des côtes françaises, c’est aussi le savoir-faire des différents corps de métiers qui ont concouru à l’élévation de ces monuments. S’ils ont tous la même destinée, celle d’éclairer les marins, ils sont tous nés de particularités. On ne naît pas phare de Bretagne comme phare de Méditerranée, car les contraintes sont différentes. On peut être phare de terre comme phare de rocher, et chaque naissance de phare s’accompagne de gestations plus ou moins difficiles. Comme il y a des architectes et des ingénieurs sur le continent, il y aura aussi ceux de la mer, ceux qui construiront les phares. Léonce Reynaud, Léon Vaudoyer et Eugène Viollet-le-Duc compteront parmi les plus fameux des xviiie et xixe siècles, période où les édifications seront les plus nombreuses. Mais qui dit phare dit aussi optique. Des foyers de celui d’Alexandrie jusqu’aux plus modernes lentilles halogènes, c’est un millénaire de sophistication qui est ici évoqué. Il suffit de se poster une nuit sous le phare du Créac’h à Ouessant pour éprouver une sensation tellement intense qu’elle bouleverse l’œil et l’équilibre, tant la puissance des huit faisceaux qui brisent la brume vers le large vous incite à la modestie. Pour nombre de Bretons, reconnaître son phare en arrivant du large était le symbole du retour à la maison, du retour vers l’âtre du foyer. Croiser le Four, passer au large de la Jument, aller droit sur l’Île Vierge, pêcher vers la Vieille… chacun a son expression s’il a un jour mis le pied sur un bateau. C’est aussi de cela que parle ce livre écrit par des passionnés de ces feux jamais éteints, qui sont autant de lampes ouvertes sur la vie, sur un héritage qu’il faut savoir conserver, entretenir et protéger.

Jean-François Delapré Librairie Saint-Christophe (Lesneven)

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