Chronique Dans la montagne d’argent de Anne Sibran

Jean-François Delapré Librairie Saint-Christophe (Lesneven)

Lire Anne Sibran, c’est accepter d’entreprendre un voyage entre mots et souffle. Ici, elle nous emmène en Bolivie sur les traces d’Agustin Osorio, mineur à Potosi. Entre Agustin et la montagne, c’est une lutte à mort qui s’engage.

Dans le ventre de cette montagne, coincé à mille pieds de profondeur, Agustin est pris au piège qu’elle lui a tendu, la jambe bloquée sous un amas de roches. À cet instant, dans l’obscurité des veines de la mine, Agustin va se souvenir de ce qu’était sa vie quand il courait au dehors, quand il n’était pas enchaîné avec ses camarades indiens, le corps plié, les jambes arquées, plongeant dans les abîmes afin de faire pisser l’argent par tous les pores de la montagne. S’il ne devait y avoir qu’un seul homme pour conter l’histoire de son peuple, ce ne pouvait être qu’Agustin, le fils de Sara Quiroga, celui qui dit aux nouveaux qui se préparent à gravir la Montagne : « Petit, laisse ici ta mémoire d’homme. Tout ce qui t’attendrit pose-le là, sur cette pierre ». Car dans cette montagne, ce n’est pas la vie qu’on laisse entrer, c’est le goût âcre de l’arsenic qui s’insinue pour faire cracher à la roche son filet d’argent. La Montagne est une femme ronde qui avale ses enfants… et les recrache parfois. Elle est nourricière et tueuse. Elle est femme et démon. Elle est celle qui donne et qui reprend, elle est la mesure du temps qui rythme autant les naissances que les morts. S’il ne pouvait y avoir qu’une seule femme pour écrire la vie d’Agustin Quiroga, c’est Anne Sibran, la seule à savoir mettre en mots la litanie terrifiante de ces Indiens exploités, ravagés, assassinés sur l’autel de l’exploitation de l’homme par l’homme. Elle seule aussi a la faculté de raconter la beauté d’âme de ces hommes et de ces femmes arpentant durant trois ans les contreforts andins, parlant leur langue, le quechua, pour nous donner ce roman où l’argent se dit dans les deux sens, minerai et unité monétaire. Et c’est Agustin qui le dira : « Non, j’ai compris que le véritable adversaire n’est pas avec nous à trotter dans la mine. Il est dehors, il est loin. Il surgit seulement à la fin du carnage, pour réclamer les pièces neuves et les lingots... »

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