Chronique Un verger au Pakistan de Peter Hobbs

Isabelle Couriol Librairie de Paris (Saint-Étienne)

Cette lettre est un cri d’amour à une femme pour laquelle le narrateur a été emprisonné pendant quinze ans. N’hésitez pas une seconde et ouvrez ce petit livre bouleversant, plein d’humanité et de poésie.

Au nord du Pakistan, un jeune homme de 14 ans vit heureux en compagnie de sa famille. Il les aide à ramasser les fruits de leur verger et les vend au marché. Un jour, il tombe subjugué par une belle jeune fille. Pour lui déclarer sa flamme, il lui offre une grenade, le plus beau fruit des fruits selon lui. Quelques jours plus tard, ils se retrouvent lors d’un mariage et s’éloignent un instant de la noce. On crie au scandale, on imagine le pire, y a-t-il eu viol ? Malheureusement pour lui, elle est la fille d’un puissant politicien, il ne peut prétendre obtenir sa main. Arrêté, il est emprisonné sans autre forme de procès. Prison sordide où la maladie, la faim, la soif et la violence sont ses lots quotidiens. Seul le souvenir de sa belle le maintient en vie et lui fait espérer une libération prochaine. Quinze ans plus tard, c’est un homme brisé physiquement et moralement que l’on retrouve presque mort dans un fossé. Il est recueilli par un poète, Abbas. Celui-ci vit seul avec sa fille, entre son jardin et ses livres. Le jeune homme se soigne, il réapprend l’odeur des roses et la douceur de la grenade. Pendant sa convalescence, il prend aussi l’habitude de monter vers le village où il a vécu. La maison de ses parents est habitée par d’autres et le verger n’est plus entretenu. Il essaye de savoir ce que sont devenus son père, sa mère et ses sœurs. Pendant les quinze ans de son incarcération, il est devenu un homme et le monde a lui aussi changé. Il y a eu la guerre et les étrangers font peur. Les villageois ne le reconnaissent pas et se détournent de lui. Enfin, il n’ose imaginer avoir des nouvelles de la jeune femme. Poussé par Abbas et sa fille, il apprend à lire et à écrire. Il rédige petit à petit une lettre poignante, dans laquelle il clame son amour vivant et indestructible. Avec ce texte, Peter Hobbs réussit un coup de force. Comme dans un conte, il nous emmène dans une sublime histoire d’amour au sein d’un pays où les castes ont la vie dure, empêchant, parfois, le rêve des deux jeunes gens de se réaliser. L’auteur plonge son lecteur dans l’horreur du monde concentrationnaire d’une prison pakistanaise. On ressent les douleurs et les angoisses qui frappent les prisonniers. Il sait nous décrire les séquelles psychologiques qui accompagnent la convalescence et la difficile réintégration du jeune homme dans une société bouleversée par la guerre, la peur et la disparition des valeurs traditionnelles. Il utilise une écriture dépouillée qui alterne entre poésie et conte oriental, où fleurent les roses, éclatent les couleurs des grenades. En lisant ce texte, on ne peut s’empêcher de penser à Syngué Sabour (Folio), roman monologue de Atiq Rahimi. On y retrouve le même dépouillement, le lent déroulement des journées, ces petits riens indicibles, éléments essentiels de l’existence.

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