Chronique L’Impératrice CIXI de Jung Chang

  • Jung Chang
  • Traduit de l’anglais par Marie Boudewyn
  • Coll. «NULL»
  • JC Lattès
  • 30/09/2015
  • 480 p., 23.90 €
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Isabelle Couriol Librairie de Paris (Saint-Étienne)

Les archives s’ouvrent aussi en Chine… et l’Histoire officielle, construite sous les régimes nationaliste et communiste, doit être revue et corrigée. Il est grand temps de rendre justice à cette grande dame que fut Cixi (ou Tseu-Hi dans l’ancienne écriture).

Après avoir raconté son histoire dans Les Cygnes sauvages (Pocket), coécrit avec son mari l’historien anglais Jon Halliday, une biographie remarquée sur Mao (Mao, l’histoire inconnue, Folio en 2 volumes), Jung Chang nous entraîne sur les pas de la dernière impératrice chinoise, Cixi. Elle régnera pendant une cinquantaine d’années, assurera la régence de deux empereurs et gérera un empire en pleine mutation. Pour beaucoup, Cixi est un despote, responsable de la chute de la dynastie Qing et bouc émissaire de tous les problèmes de la Chine de cette deuxième moitié du xixe siècle. Et pourtant, qui aurait dit que cette petite concubine, née en 1835 dans une famille mandchoue illustre et honorable, sans grande instruction, choisie par l’empereur Xianfeng en 1852 pour rentrer dans le harem impérial, deviendrait l’une des femmes les plus importantes de son époque. Sa chance fut de donner le premier descendant mâle à l’empereur, à quoi s’ajouta, pour sa fortune, le fait que l’impératrice Zhen la prenne sous son aile afin de la protéger des jalousies ambiantes. Pas très instruite, mais ayant un réel sens des affaires d’État, elle saura, à la mort de l’empereur, prendre le pouvoir en faisant un véritable coup d’état avec le soutien de Zhen. Elles deviendront toutes deux régentes du jeune fils de Cixi, Tongzhi. Celui-ci ne régnera que deux ans et c’est un neveu de Cixi, Guangxu, âgé de quelques années, qui montera sur le trône. Quand Cixi accède au pouvoir, elle demande l’aide des Anglais et des Français pour pacifier la Chine, en butte à des révoltes suite à la guerre de l’opium. L’ouverture des ports et le commerce avec les Occidentaux ont découlé de cet affrontement. Elle comprend très vite les retards de son pays et combien les échanges commerciaux vont permettre l’enrichissement de celui-ci. Elle saura gérer diplomatiquement son Grand conseil, où siègent réformateurs et fonctionnaires réactionnaires formés à l’école de Confucius. Néanmoins, elle dotera son pays d’une armée et d’une marine modernes, permettra l’installation du télégraphe, de l’électricité, du chemin de fer et cela non sans peine. La Chine est un objet de convoitises pour les Européens, les Russes et, plus encore, pour les Japonais. Cet immense empire aux ressources extraordinaires les attire et, inévitablement, des altercations aux franges du pays vont le grignoter petit à petit. Enfin, les dernières réformes de Cixi concernent la démocratisation de son pays et l’institution du droit de vote. De ce fait, elle devra développer l’enseignement en profondeur, car l’analphabétisme règne. Malheureusement, elle mourra trop tôt, en 1908, pour réaliser ce gigantesque projet. Il reste à dire que cette petite bonne femme a changé le visage de la Chine. Très aimée et proche du peuple, ses réformes sont souvent attribuées à d’autres, car on refuse de la croire capable de régner. Enfin, si vous allez vous promener en Chine et plus particulièrement à Pékin, n’hésitez pas à glisser dans votre valise cette biographie aux cotés de votre guide, elle fourmille de renseignements sur la vie au sein de la Cité interdite et du Palais d’Été.

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