Chronique Les Quatre Livres de YAN Lianke

Par Isabelle Couriol Librairie de Paris (Saint-Étienne)

Comme dans ses romans précédents, Yan Lianke se tourne vers un sujet sensible de la vie quotidienne. L’enfant terrible de la littérature chinoise s’attaque à la politique de Mao Zedong dans une fiction très personnelle et originale.

Le roman se passe à la fin des années 1950, au cours de la période appelée « Le Grand Bond en avant », qui consista dans la mise en place d’un plan économique très ambitieux, dont le but était d’encourager la population rurale à produire plus pour atteindre des rendements irréalistes, en particulier au niveau céréalier. De plus, afin de contrer la force économique des États-Unis et de la Grande-Bretagne, il est décidé de fabriquer de l’acier de façon intensive. En conséquence, vont fleurir de multiples hauts fourneaux, grands consommateurs de main d’œuvre. Cette dernière n’a aucune formation technique et aucune matière première à transformer. On récupère tout objet pouvant être fondu, au détriment de leur utilité. Les paysans ne sont plus aux champs, l’acier obtenu est de très mauvaise qualité et les chiffres sont faussés pour répondre au plan. Le résultat ne se fait pas attendre, une gigantesque famine déferle sur les campagnes. On estime aujourd’hui que plus de quarante millions de personnes sont mortes au cours de ces années.

Le roman de Yan Lianke se déroule dans le Henan, région que connaît bien l’auteur puisqu’il en est originaire, et plus particulièrement dans la zone 99, dite de « novéducation », proche du Fleuve Jaune. Elle est composée d’intellectuels envoyés en rééducation par le travail sous la direction d’un jeune homme appelé l’Enfant. Les détenus ne portent pas de numéro. Ils sont appelés par leur profession, la Musicienne par exemple, ou le Chercheur, la Doctoresse… Le narrateur est l’Écrivain, auteur de quatre livres écrits pendant et après son internement. Des extraits de ces quatre textes, L’Enfant du ciel, Le Veux Lit, Des criminels et Le Nouveau Mythe de Sisyphe, se croisent à l’intérieur de l’intrigue et racontent l’incroyable histoire de cette zone pendant le triste épisode du Grand Bond. Ces hommes et ces femmes se retrouvent à cultiver les champs et à produire de l’acier pendant des mois, voire des années. Leur rêve à tous est de réunir de multiples fleurs de papier rouge distribuées comme des bons points par l’Enfant. Quand celles-ci atteignent un certain nombre, elles se transforment en étoiles. Cinq étoiles, c’est la liberté. Les jours sont émaillés de petites victoires (la découverte de sables ferreux permettant une production d’acier plus importante…), mais aussi de quantité de désespoirs. Quand la famine apparaît, que faire, comment réagir ? Jusqu’où est-on capable de résister ? Certains trouvent une solution dans le vol, la prostitution pour les femmes, le pire dans l’anthropophagie. Comme toujours dans ces romans, Yan Lianke dénonce la violence de cette période. Plus largement, son roman aborde la persécution des intellectuels, la folie meurtrière des hommes, et aussi les catastrophes économiques, écologiques, culturelles et sociologiques qui ont des répercussions jusqu’à nos jours. Il est peu probable que cet ouvrage paraisse dans un avenir proche en Chine continentale.

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