Littérature étrangère

Gérard Guix

Doppelgänger

✒ Isabelle Aurousseau-Couriol

(Librairie de Paris, Saint-Étienne)

Le terme Doppelgänger nous vient de la littérature germanique et fut popularisé par les frères Grimm. Il désigne l’esprit du mal, la part d’ombre que nous portons en nous.

Ce magistral roman commence mi-avril 1945. Berlin est détruite par les bombardements alliés. L’armée soviétique stationne aux portes de la ville et ce 12 avril, en fin d’après-midi, Albert Speer se rend à la Philharmonie pour entendre le dernier concert de l’orchestre. Il sait que ce soir, l’ultime morceau joué sera le dernier mouvement d’une symphonie de Bruckner, signal de la dissolution de l’ensemble, les musiciens devant rejoindre les rangs de l’armée, comme le désire Goebbels. Mais de l’autre côté de l’Atlantique, Franklin Delano Roosevelt vient de mourir. L’événement changera-t-il le cours de la guerre ? Hitler s’est installé avec ses proches dans son bunker. Ces derniers préparent son anniversaire, le 20 avril. Goebbels décide de lui offrir son thème astral mais son assistant a oublié le jour de la naissance du Führer. Quand Hitler découvre ses prédictions, leurs conclusions sont surprenantes et lui ouvrent un horizon insoupçonné, une explication possible au rêve incroyable de sa dernière nuit. Avec ce grand et gros livre, un travail d’une dizaine d’années, Gerard Guix nous offre, pour notre plus grande joie, un objet littéraire inclassable, écrit par un auteur catalan en castillan et dont la première édition est française. On ne peut qu’être bluffé en découvrant que quatre jours séparent les naissances de Charlie Chaplin et d’Adolf Hitler. Tout cela donne un roman drôle, caustique, surréaliste. Ce texte dense s’accompagne de nombreuses notes, précisions historiques, digressions de l’auteur, incontournables dans cette lecture. Enfin c’est une dénonciation du nazisme, celui d’hier mais aussi celui plus pervers qui s’infiltre dans la politique contemporaine. Un énorme bravo aux éditions des forges de Vulcain pour cette publication, une œuvre majeure de cette rentrée littéraire, sans aucun doute.

Les autres chroniques du libraire