Chronique Les Choses humaines de Karine Tuil

Marianne Kmiecik Librairie Les Lisières (Villeneuve-d’Ascq et Croix)

Après les succès retentissants de L’Invention de nos vies (Grasset et Le Livre de Poche) et L’Insouciance (Gallimard et Folio), la romancière nous revient avec un onzième roman, Les Choses humaines, un texte absolument brillant, haletant, portrait d’une famille prise dans les affres de notre société contemporaine.

Les Farel forment un couple emblématique. Claire, essayiste féministe à succès, est mariée à Jean, de 27 ans son aîné, journaliste politique à la longue et belle carrière. Pragmatiques, ils se sont toujours soutenus et se sont mutuellement aidés dans leurs carrières respectives. Être mariée à Jean a donné à Claire une visibilité bienvenue, tandis que Jean est parvenu à rajeunir son image dans un métier où l’on devient rapidement has-been. Ensemble, ils ont un fils, Alexandre, qui suit de brillantes études dans une prestigieuse université américaine. Tout semble donc aller pour le mieux, jusqu’au jour où cette machine bien huilée s’enraye : Claire tombe amoureuse d’un professeur de collège et part s’installer avec lui. Si Jean est convaincu qu’elle reviendra vite vers lui, Alexandre vit très mal cette nouvelle situation familiale. Et quand une plainte pour viol est déposée et que la machine judiciaire s’enclenche, le risque pour chacun de ne pas se relever est grand. Je ne mâcherai pas mes mots : ce roman est un chef-d’œuvre ! Impossible de passer à côté ! Karine Tuil réussit la prouesse de créer des personnages d’une grande authenticité, ni bons ni mauvais, simplement humains, et parvient à nous faire ressentir de l’empathie pour chacun d’eux, même quand on devrait les détester. Jamais elle ne place de bons sentiments, jamais elle ne pose un avis manichéen sur les êtres et les situations. L’intrigue, menée avec brio du début à la fin, nous emporte dans une lecture haletante tout en nous amenant à nous questionner sur notre société contemporaine, nous offrant le recul idéal. S’intéressant non seulement au féminisme, aux violences faites aux femmes, aux difficultés pour elles de trouver une place dans le monde du travail, mais aussi aux médias, au journalisme, à la politique, aux réseaux sociaux – pour leur puissance autant que pour leur dangerosité –, Karine Tuil nous offre un roman à l’intelligence rare, qui marquera profondément chaque lecteur.

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