Chronique Chers voisins de John Lanchester

  • John Lanchester
  • Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff
  • Coll. «Coll. « Feux croisés »»
  • Plon
  • 24/10/2013
  • 650 p., 22 €

Marianne Kmiecik Librairie Les Lisières (Roubaix)

Dressant le portrait de personnages hauts en couleur de la société londonienne, John Lanchester publie un roman dynamique à la construction et à l’intrigue palpitantes. Un texte exaltant qui nous arrache à nos idées préconçues et nous amène à voir la réalité au-delà des faux-semblants.

Le cosmopolitisme inhérent à toute grande capitale s’accompagne généralement de profondes inégalités sociales ; Londres n’échappe pas à la règle. Des traders de la City, gagnant davantage en bonus que leur salaire annuel, aux sans-papiers mourant quasiment de faim dans les centres de rétention, en passant par les commerçants immigrés qui travaillent d’arrache-pied pour se faire une place dans leur pays d’accueil, la ville fait le grand écart. Si dans Chers voisins les habitants de Pepys Road, rue des beaux quartiers où les maisons valent 2 millions de livres, forment une palette bigarrée d’individus, ils ont au moins un point commun : les étranges cartes postales qu’ils reçoivent, représentant leur habitation et dont le message est on ne peut plus limpide : « Nous voulons ce que vous avez ». Chacun s’interroge, car derrière les apparences d’une vie parfaite, faite de dîners au restaurant ou d’emplettes dans des magasins de luxe, se cache souvent une vie de famille compliquée, entre mésentente cordiale dans le couple, enfants confiés aux nourrices, tracas au travail, questionnements sur l’avenir… Bref, tous ces ennuis qui n’épargnent personne. Le banquier se demande bien qui voudrait de sa vie alors que sa femme ingrate l’a laissé seul avec deux enfants en bas âge. La vieille femme malade échangerait bien sa maison contre un peu plus de temps avec sa famille. Le vendeur de journaux pakistanais laisserait volontiers sa boutique pour un peu de temps libre et de repos. Mais tous ramassent ces cartes sur leur paillasson, sentant monter en eux la colère, l’amertume ou la peur. Parmi les suspects, bien sûr, ceux qui passent dans cette rue, les personnes de l’ombre, celles qui travaillent sur Pepys Road, dans ces maisons qu’elles connaissent bien et pour ces patrons trop souvent méprisants. Le maçon polonais qui espère gagner assez d’argent pour rentrer au pays et mettre sa famille à l’abri du besoin. La jeune nourrice hongroise qui souhaite plus que tout une vie meilleure, pourquoi pas au bras d’un riche bureaucrate anglais. La contractuelle zimbabwéenne sans-papiers qui ne peut retourner dans son pays natal sans craindre la mort. Londres, terre d’accueil ? Londres, cité de lumière et de justice ? Rien n’est moins sûr. Déjouant avec adresse et malice le piège des stéréotypes, John Lanchester parvient sans difficultés à nous emporter dans la vie de chacun de ses personnages. Recréant à la perfection les univers qu’il pénètre, il met à nu les rouages de la société londonienne ainsi que les liens indéfectibles qui unissent les êtres. Et si le lecteur est tenu en haleine par la construction habile de l’intrigue, le foisonnement des histoires personnelles et le mystère qui plane sur la rue et ses habitants, ce qu’il retient surtout, ce sont ces anti-héros qui traversent la vie comme ils peuvent, tâchant de rester dignes et d’avancer vers un avenir meilleur. Un roman bouillonnant où la réalité apparaît dans toute sa sordide splendeur !

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