Chronique L'Antarctique de Claire Keegan

  • Claire Keegan
  • Traduit de l'anglais (Irlande) par Jacqueline Odin
  • Coll. «Coll. « Domaine français »»
  • 10/18
  • 15/09/2011
  • 216 p., 7.40 €

MARIE HIRIGOYEN, Librairie Hirigoyen, Bayonne

Aussi doucement dérangeante qu’Alice Munro et aussi incisive que Flannery O’Connor, l’Irlandaise Claire Keegan peut inscrire sa voix singulière dans la lignée des grandes nouvellistes anglo-saxonnes.

Que va-t-il arriver à « la femme heureuse en ménage » lorsqu’elle se jette sans méfiance dans des bras inconnus en faisant ses achats de Noël ? Comment une petite fille en vient-elle à s’immuniser de la folie de sa mère car « il faut regarder le pire en face pour être paré contre tout » ? Le drame peut surgir au détour d’une phrase sans qu’on y prenne garde. Que l’on se trouve dans une petite ferme irlandaise, une morne enfilade de maisons de briques, une cuisine transformée en salon de coiffure avant le bal du samedi soir ou une fête foraine de l’Amérique profonde, l’horizon reste limité, « le grand frisson » dérisoire et l’évasion impossible. L’Antarctique n’est qu’un leurre, une image entrevue sur un écran de télévision et les palmiers ne bruissent que sur le papier peint cache-misère d’une masure en bord de route. L’humour grince jusque dans le tragique. Des femmes intemporelles marchent à côté de leurs rêves démesurés. « Néanmoins elles ne luttent pas contre leur vie, elles s’y coulent au contraire », assure Claire Keegan. Rebelles à leur façon, elles composent avec leur destinée, légèrement en marge du rôle que l’on attend d’elles.

Lectrice de poésie depuis toujours, Claire Keegan en a étudié la technique et cite les noms d’Emily Dickinson et Elizabeth Bishop parmi les poètes qui l’ont marquée. « Je ne pense pas que la poésie ait une influence directe sur mon écriture, mais elle a certainement développé mon oreille ». Même à travers le filtre de la traduction, transparaissent la musicalité du style, la subtile architecture de la phrase, la pertinence de chaque mot posé à sa juste place, le sens du détail qui dérange ou inquiète, comme une couleur crue dans un univers terne. Et surtout le sens du rythme d’une conteuse née, le battement, entêtant, du « bodhran, le son du bois qui frappe la peau », et qui martèle la danse improvisée dans la cuisine après la veillée funèbre… pour tenir à distance les ténèbres et l’ordinaire des jours.

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