Chronique La Face nord du coeur de Dolores Redondo

Marie Hirigoyen Librairie Hirigoyen (Bayonne)

Amaia Salazar, la brillante et résiliente inspectrice de la police forale navarraise est de retour. Un roman mené sur un rythme infernal et diaboliquement construit où se croisent, de part et d’autre de l’Atlantique, puissances maléfiques et protectrices. En guise de préquelle à la fameuse trilogie du Baztan.

Dolores Redondo a grandi à Pasaia, port industriel du Pays basque espagnol, dans une famille de pêcheurs galiciens. La pluie, les embruns, la puissance de la mer, le fleuve en crue... Sous toutes ses formes, la présence mouvante de l’eau irrigue son œuvre. La trilogie du Baztan a rendu célèbre Elizondo, gros bourg de Navarre où les touristes affluent en quête de la famille Salazar. Après une enfance tragique, adoucie par la tendresse chaleureuse de sa tante Engrasi et la trop discrète bienveillance de son père, Amaia, jeune inspectrice de police à Pampelune, est invitée en Virginie à un cours de criminologie par l’agent du FBI qui deviendra son mentor, le mystérieux et charismatique Aloisius Dupree, Créole originaire de Louisiane. On est en 2005, au moment où l’ouragan Katrina se déchaîne sur les côtes du golfe du Mexique, causant des milliers de morts et jetant à la rue toute une population abandonnée par les pouvoirs publics. Un tueur en série, « le compositeur », profite de l’apocalypse pour assassiner des familles entières qu’il laisse la tête tournée vers le Nord. Il agit ainsi à travers tout le pays dès qu’une tornade ou une autre catastrophe naturelle est annoncée. Commence alors une étourdissante course poursuite dans une Nouvelle-Orléans dévastée, inondée, peuplée de sans-abri en proie à la faim, suffoquant dans la chaleur humide et dans les méandres du bayou qui est aussi un refuge de trafiquants en tous genres et théâtre parfait des rites vaudous. La jeune Amaia va faire preuve d’une intuition quasi magique et d’une endurance hors du commun alors que remontent les terribles souvenirs de son enfance. Dolores Redondo explore avec empathie les terreurs enfantines et la pire de toute, la moins naturelle, la peur panique de la mère et de sa folie meurtrière. Elle convoque comme ordonnateurs du chaos, en plein déchaînement climatique, cataclysme, raz-de-marée, tempête, les figures mythologiques basques et cajuns, le Basajaun, seigneur de la forêt navarraise et le baron Samedi, maître des cimetières dans le rite vaudou ainsi que sorcières et zombies. La maltraitance des enfants, l’exploitation sexuelle des femmes, la misère de la population noire, le racisme toujours présent, les traces encore vivaces de l’esclavage et de la ségrégation, la puissance dévastatrice d’une Nature agressée... Dolores Redondo dénonce la noirceur singulière et collective : « Le lieu le plus désolé du monde est la face nord du cœur humain ». Salutaire et captivant !

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