Chronique Traverser la nuit de Hervé Le Corre

Marie Hirigoyen Librairie Hirigoyen (Bayonne)

Hervé Le Corre aime le noir, fusion de toutes les couleurs. De nouveau, il joue avec les grands à-plats de sa palette et avec les nuances qu’il dit révéler par touches de lumière, avant de les fixer à la manière d’un photographe. Du grand art.

Bordeaux, brossée en ville crépusculaire, voit se débattre des êtres en proie à leurs démons. Jourdan est un commandant de police vampirisé par sa condition de flic, au point que sa femme et sa fille le fuient. « Trop de silence, tu comprends ? (…) Comme si tu vivais dans un monde parallèle. » La violence côtoyée chaque jour l’épuise, son métier perd son sens : « Tout ce qu’il avait vu, vécu, combattu pendant toutes ces années de police, faisant le gros dos sous les mauvais coups, parlant fort et dru (…) ne lui avait rien appris ». Le commissariat est sur les dents : un tueur traque les femmes comme du gibier la nuit dans les rues noyées de pluie. Jourdan va croiser le chemin de Louise, une jeune femme passée par l’enfer de l’alcool et de la drogue, battue par son ancien compagnon. Quand les coups cessent, elle est submergée par la honte, l’envie de disparaître, le dégoût d’elle-même tandis que la peur l’assaille en permanence « comme une meute de chiens noirs ». Sam, son fils de 8 ans, « le petit magicien », cristallise toute la lumière de sa vie. Parfois il dort contre la porte d’entrée, armé d’un couteau de cuisine pour la défendre. Sans ménagement, Hervé Le Corre fouille les consciences de chacun, les blessures du passé, la souillure indélébile laissée par les liens familiaux les plus sordides, l’impulsion brute du crime, autant que le déterminisme social et l’impossibilité de sortir de sa condition. Une prose au scalpel, l’émotion suggérée en mode mineur, des dialogues lapidaires et, comme toujours, la poésie sombre puisée dans l’esprit des lieux, l’éclat des trottoirs luisant de pluie ou le brouillard qui étouffe la campagne boueuse de glaise près de l’estuaire, là où, derrière la maison basse, « le vieux pommier fendu en deux s’écartèle, escaladé par un roncier ».

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