Chronique Chanson bretonne de J.M.G. Le Clézio

Marie Hirigoyen Librairie Hirigoyen (Bayonne)

Le Clézio se livre ici sans fard et nous donne des clés précieuses pour son œuvre. Un apport intime très personnel qui vient s’insérer dans sa recherche des origines et de «°la traversée du temps°».

«°J’ai grandi avec l’idée que nous (…) étions des Bretons et qu’aussi loin que nous puissions remonter nous étions reliés par ce fil invisible et solide à ce pays.°» C’est ainsi que Le Clézio définit son impulsion de revenir sur les années d’enfance sous la forme de ce qu’il définit comme deux «°contes°», l’un consacré au Finistère des vacances d’été, l’autre aux années de guerre à Nice. Une quête précise des éclats de réalité vécue, passés au filtre de l’imagination enfantine. Pas de nostalgie ni d’énumération chronologique de souvenirs, seule parle l’empreinte inaltérable des sensations, des frayeurs, des éblouissements, des paroles gravées. De sa mémoire bretonne surgit l’empreinte forte d’une culture sur le point de disparaître, d’une langue venue du fond des âges, d’une lecture particulière du monde. Il dit les jeux sur la grève à marée basse avec les fils et filles des pêcheurs du petit port de Sainte-Marine, les échappées nocturnes sur la lande pour apercevoir le phare des Glénan et se laisser envahir par «°l’odeur de la lande aussi, une odeur poivrée, piquante (…) et l’odeur plus puissante encore, l’odeur du large°». Sans doute sont déjà là au bord du monde, la racine des voyages futurs et l’appel du lointain. On sait que toute son œuvre est traversée par la force des lieux tout autant que par le sentiment de l’universel. Ainsi Nice, la ville natale, la vallée de la Vésubie et Roquebillière dans l’arrière-pays ont laissé leur marque profonde dans cette enfance de la guerre avec la découverte brutale de la violence des hommes, de la peur au quotidien, de la faim qui taraude en permanence, «°un vide que rien ne peut combler°», du danger du dehors. Il y a l’absence du père retenu en Afrique mais aussi la rencontre de héros ordinaires, la tendresse d’une grand-mère. Ce qui émeut dans ces deux textes, c’est la simplicité d’une narration sans effets, l’attention de ne pas trahir le vécu, de respecter ce qui vient enrichir «°le courant de la vie°» avec la certitude que «°le présent est la seule vérité°».

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