Chronique Après le feu, un murmure doux et léger de Evie Wyld

  • Evie Wyld
  • Traduit de l’anglais (Australie) par Mireille Vignol
  • Actes Sud
  • 15/05/2013
  • 384 p., 23 €

Marie Hirigoyen Librairie Le Jardin des Lettres (Craponne)

Un homme brisé fuit jusqu’aux confins de la Terre rouge. Repérée par la revue Granta, Evie Wyld s’impose, avec Après le feu, un murmure doux et léger, premier roman au souffle puissant, comme la nouvelle voix des lettres australiennes.

« Je pense que le paysage façonne l’individu et vice versa. Le paysage a pour moi autant d’importance que mes personnages ». Parlant de son premier roman, Evie Wyld donne une clef pour entrer dans son univers. Il est vrai qu’en Australie, l’immensité du désert, la luxuriance de la forêt ou la majesté de l’océan ne permettent pas aux habitants d’oublier leur condition première de pionniers. C’est ainsi que Frank Collard quitte Canberra avec deux valises et embarque à bord de son pick-up pour retrouver la cabane au toit de tôle où il venait enfant, située à deux pas de la plage, sur la côte Nord-Est. Autant dire au bout du monde, là où flotte l’odeur entêtante des eucalyptus, au milieu des cannes à sucre et des bananiers. Surpris par les wallabies ou coursé par un requin jusqu’au rivage, il tente d’apprivoiser la solitude et les démons qui le poursuivent : « il avait l’impression que des choses bougeaient dans le noir ». C’est là que, dévastés par la guerre de Corée et celle du Vietnam, son grand-père et son père se sont refugiés loin du monde. Sur une étagère l’observent les figurines en sucre des gâteaux de noces de ses grands-parents et de ses parents. Voilà trois générations d’hommes, boulangers de leur état et artistes en pâtisserie, qui restent murés dans l’impossibilité de se parler, d’exorciser la violence qui les ronge et les tient en marge de leur vie. Quant à Frank, qui a trouvé du travail au port de pêche, il reçoit l’aide de Linus, un ami aborigène. Celui-ci le met en garde contre le pouvoir maléfique du bunyip, cette créature mythique, allégorie du passé qui empêche d’avancer. Usant d’une prose charnelle, violente, saturée de couleurs, Evie Wyld projette les êtres à la rencontre de ce qu’ils ont cadenassé en eux-mêmes.

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