Chronique Odessa Transfer de Collectif

  • Collectif
  • Traduit de l’anglais, de l’allemand, du grec, du hongrois, du plonais, du roumain et de l’ukrainien
  • Noir sur Blanc
  • 06/10/2011
  • 338 p., 23 €

Par Marie Hirigoyen, Librairie Le Jardin des Lettres, Craponne

Souvenirs d’enfance, analyse géopolitique, étude mythologique, relation de voyage, poésie narrative… Avec érudition et sensibilité, parfois teintées d’une ironie amère, treize auteurs inspirés disent les paradoxes de cette mer fermée, mais aussi « la patience de la pierre, du sable et de l’eau qui ont assisté et survécu à tant d’agitation humaine. »

Des parasols claquent au vent, deux Trabant hors d’âge attendent devant la plage tandis que les baigneurs s’enduisent de boue et que le béton omniprésent se désagrège sur le sable. En partant d’Odessa vers l’Est, le photographe polonais, Andrzej Kramarz a voulu découvrir des rivages longtemps interdits. Son regard mélancolique illustre les textes inédits d’auteurs roumains, hongrois, ukrainiens, turc, grec, etc.

Takis Thedoropoulos revient sur l’expédition des Argonautes qui donne aux Grecs le vertige de l’infini. En traversant Pontos axeinos, la mer inhospitalière, Jason la rend euxeinos, accueillante, familière. C’est ainsi que s’établit le lien avec les cavaliers scythes, nomades des steppes orientales. Dès l’Antiquité, ces côtes ont été à la fois trait d’union et ligne de faille entre deux mondes. Au XVIe siècle, les Polonais alliés aux Lituaniens vivent leur âge d’or, souligne Andrzej Staziuk : « nous contenions les Ottomans pour que l’Europe puisse développer sans entrave la Renaissance et le Baroque » . L’auteur géorgien Aka Morchiladzé, parcourt quant à lui Batoumi, proche de la frontière turque, « ville à l’odeur de fuite » , capitale du trafic d’esclaves pendant des siècles et aboutissement de la route terrestre de la soie, remplacée depuis par le pétrole. Autre textile lourd de symboles, les jeans sont arrivés dans le monde soviétique en transitant par les ports roumains. Archétype des chocs culturels, Odessa, premier port libre de glaces de l’Empire russe, condense styles architecturaux européens et mythes soviétiques cristallisés dans l’escalier Potemkine. Ville cosmopolite, « fabrique de génies », creuset artistique et littéraire où flotte encore l’ombre de Pouchkine et d’Isaac Babel, conçue au siècle des Lumières par Catherine II comme une Saint-Pétersbourg du Sud, Odessa parle toujours à l’imaginaire. La communauté juive, un tiers de la population au début du XXe siècle, a été décimée par les pogroms, le génocide et l’exil. C’est un autre théâtre de la violence de l’Histoire qu’évoque le Roumain Attila Bartis avec une douloureuse amertume : le canal que Staline a fait creuser dans le delta du Danube est le gigantesque tombeau de milliers de travailleurs de force. De nos jours, c’est aussi dans un immense camp que l’élite russe envoie ses enfants en vacances : non loin de la Géorgie, la seule police enfantine du monde surveille la frontière…

Des Tatars de Crimée déportés en Sibérie aux Grecs du Pont expulsés par les Turcs, et aux Abkhazes sous le joug géorgien, les rives de la mer Noire se vivent comme des lieux provisoires aux noms changeants, « où tout avenir imaginable semble déjà inscrit dans le passé ».

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