Chronique Appelle-moi par ton nom de André Aciman

  • André Aciman
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Pierre Aoustin
  • Coll. «En lettres d’ancre»
  • Grasset
  • 07/02/2018
  • 332 p., 20.90 €
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Marie Hirigoyen Librairie Hirigoyen (Bayonne)

Ils sont nés à l’amour cet été-là, en Italie. André Aciman, new-yorkais d’origine égyptienne, explore avec délicatesse toutes les ruses du désir, l’étonnement éternel devant la déflagration des sens. Un roman de toute beauté.

Tout commence par une apparition : une « ample chemise bleue, col largement ouvert sur la poitrine, lunettes de soleil, chapeau de paille, toute cette peau nue ». Elio, 17 ans, est saisi par surprise. Cette saison, ses parents accueillent Oliver, jeune professeur de philosophie américain dans leur maison de vacances sur la côte italienne. Dès lors, au long des jours où la chaleur enveloppe tout et dilate le temps, les deux garçons se frôlent, se rejettent, s’évitent, partagent parfois la baignade, les allées et venues à bicyclette jusqu’au village, les discussions sur la littérature ou la transcription de la musique. Quelque chose de l’amitié initiatrice antique naît entre eux. Elio, dont les certitudes sur lui-même ont tremblé dès le premier jour, guette, espère, redoute l’attention d’Oliver, maudit les nuits que celui-ci passe ailleurs avec d’autres, se rassure dans une certaine normalité en flirtant avec Marzia. De nouvelles sensations surgissent et bouleversent tout. Un passage obligé, universel, certes, mais d’autant plus troublant quand l’autre est du même sexe, et, à la fois, parfaite cristallisation de ce qui n’est pas soi. L’autre est aussi le même. Aciman déroule avec une légèreté précise l’enchaînement inéluctable de ces instants précieux vécus comme de petits bouts d’éternité. Il excelle à rendre sensible l’aliénation progressive par l’objet du désir. On pense au Gide des Nourritures terrestres. La touffeur de la campagne italienne, tempérée par la moiteur des orages, comme dans Les Petits Chevaux de Tarquinia de Duras, s’impose comme une entité puissante et met en route la mécanique de la passion. Dans le choc brutal des corps, l’éblouissement dérangeant, le glissement d’identité, Appelle-moi par ton nom.

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