Chronique Agaat de Marlène Van Niekerk

  • Marlène Van Niekerk
  • Traduit de l’afrikaans par Pierre-Marie Finkelstein
  • Coll. «Coll. « Du monde entier »»
  • Gallimard
  • 30/10/2020
  • 719 p., 22.90 €

Marie Hirigoyen Librairie Le Jardin des Lettres (Craponne)

Un roman ample, puissant, lié à la terre sud-africaine, imprégné de ses tensions raciales et sociales et qui témoigne, au plus intime des êtres, du moment historique où les pouvoirs s’inversent : « Une aria pour deux voix de femmes et bruits de ferme ».

Si on reconnaît un grand livre à la part de mystère qu’il garde une fois refermé, le roman de Marlene Van Niekerk en est un, à coup sûr. Héritière de la ferme de ses ancêtres, pionniers de la province du Cap, Milla vit au rythme de sa terre et de ceux qui la travaillent. Comme eux, elle parle « une langue de roseaux, de broussailles ». En mal d’enfant, elle trouve chez ses métayers une petite fille au bras difforme, prostrée dans les cendres de la cheminée. Elle l’adopte au mépris de l’avis de son mari, un homme narcissique et violent pour qui les Noirs doivent rester à leur place. Après avoir été apprivoisée comme un enfant sauvage, Agaat partagera sa vie, l’aidera à gérer le domaine, élèvera son fils Jakkie né plus tard, jouant à la fois un rôle de seconde mère et de grande sœur. Cinquante ans durant s’établit entre les deux femmes une relation fusionnelle, trouble, complexe, tendue sur des rapports de forces instables, des jeux de pouvoirs subtils et parfois cruels. C’est ainsi qu’Agaat s’agrège à la vie du couple : « Elle était comme un concentré de vous deux, elle vous avait absorbés tout entiers. Elle était vos archives […] votre parlement, votre galerie des glaces ». Agaat avait brodé la robe de baptême de Jakkie, elle brodera le linceul de Milla et organisera sa mort dans un étonnant renversement des rôles. Elle prend le pouvoir par des soins quotidiens et minutieux sur le corps paralysé de sa maîtresse, réduite à communiquer en clignant des paupières. Le fil de ces deux existences tressées ensemble se dévide, porté par la parole du fils s’adressant à sa mère, par la plume nerveuse des carnets griffonnés de Milla, ou par la voix intérieure de celle-ci, enfermée dans sa propre chair.

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