Chronique D’après une histoire vraie de Delphine De Vigan

Aurélia Durandal Librairie L’œil au vert (Paris 13e)

On pourrait penser que la reconnaissance donne une assise dans la vie d’un écrivain… Pourtant, suite au succès inattendu de son récit autobiographique, une auteure que l’on nommera Delphine, épuisée, et surtout incapable d’écrire, se laisse prendre dans les filets d’une amie trop bien attentionnée.

C’est une combinaison étrange de hasards qui vont présider à la rencontre de Delphine et de L. lors d’une soirée chez des amis communs. L’une est épuisée, l’autre fascine en catalysant tout ce dont Delphine pense manquer. Et puis il y a ce sentiment tellement grisant d’être comprise et acceptée pour ce qu’on est. Alors Delphine accepte ces marques d’attention, cette présence de plus en plus insistante qui tombe à point nommé. Ses enfants s’apprêtent à quitter le cocon maternel pour voler de leurs propres ailes, tandis que le métier de son compagnon le mène vers d’autres horizons… sans compter ces lettres anonymes terrifiantes qui la renvoient au sentiment d’insécurité qu’elle croyait avoir mis à distance. À L., Delphine confie sa difficulté à se lancer dans un nouveau livre. Elle a des idées sur une fiction autour de la téléréalité, une « pure fiction ». Projet que L. dénigre et que Delphine finit par abandonner. Qu’écrire alors ? L., qui semble tout connaître de Delphine, l’encourage à poursuivre dans la veine autobiographique, à écrire enfin son « livre fantôme ». L. croit que le public en général et les lecteurs de Delphine en particulier sont à la recherche de vérité, de ce qu’il y a de réel dans tout livre. Pour Delphine, cela ne va pas de soi. « La vérité n’existe pas […], toute écriture de soi est un roman », c’est l’intention de l’auteur, sa sincérité, l’authenticité avec laquelle il se lance dans son entreprise qui fait ou non un bon livre. Mais c’est trop tard, le mal est fait. Plus Delphine doute, plus L. se rend indispensable. Une amitié fusionnelle les unit. Jusqu’à les faire cohabiter quelque temps, le temps nécessaire à L. pour vampiriser Delphine. À ceux qui croyaient que Delphine de Vigan ne pourrait plus surprendre après Rien ne s’oppose à la nuit (Le Livre de Poche), ce roman apporte un cinglant démenti. Elle nous revient avec un texte passionnant, non seulement brillant dans sa construction – glaçante, digne des meilleurs thrillers –, mais aussi d’une finesse rare dans son questionnement permanent sur l’acte d’écrire. Qu’attend-on de l’auteur et quelle est la place de la fiction dans une société où les faits divers, la téléréalité, attirent tous les regards ? Cette réflexion sur l’écriture, Delphine de Vigan l’avait déjà ébauchée dans son précédent livre. Elle la poursuit ici de manière très intéressante. Et on se dit qu’il n’y a bien qu’en matière de littérature que l’on s’interroge sur l’authenticité d’un texte. Sans pour autant faire un cours théorique, bien au contraire – et c’est là qu’elle est bluffante –, elle oppose vérité et sincérité. Dès lors, il importe peu de savoir si L. et Delphine sont des êtres de papier. Seuls comptent ces personnages prodigieusement incarnés, auxquels on croit, qui nous ont émus et transportés. Delphine de Vigan propose un livre à plusieurs degrés de lecture qui donne à penser autant qu’il passionne.

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