Chronique La Théorie de la tartine de Titiou Lecoq

Aurélia Durandal Librairie L’œil au vert (Paris 13e)

2006, par un concours de circonstances, trois personnes que tout oppose – un journaliste, une blogueuse et un lycéen – vont se retrouver autour de leur usage d’Internet. Dix ans plus tard, Christophe, Marianne et Paul ne se sont pas quittés. Si leur vie a changé, leur amitié, elle, est indéfectible.

Alors qu’Internet fait aujourd’hui partie de notre quotidien, qui se souvient de la manière dont on l’utilisait il y a dix ans ? Ils étaient très peu à avoir conscience du formidable potentiel que cela représentait. Les trois héros de ce roman, chacun à leur manière, représentent ces pionniers qui ont essayé de s’approprier ce nouvel espace de parole alors que nous en étions encore à essayer de comprendre comment cela fonctionnait. Christophe, jeune trentenaire un brin idéaliste est journaliste. S’il a lancé son journal sur la toile, c’est pour proposer une information d’un genre nouveau, indépendante dans son ton et son propos. Marianne de son côté est blogueuse, quand elle ne peine pas à terminer sa thèse… Est-ce son sujet – qui vise à étudier les prémices de la webculture – ou une difficulté à renoncer à une certaine forme de vie estudiantine ? Paul, enfin, dont la crise d’adolescence est entretenue par des parents adeptes des théories fumeuses de la psy de bazar. Il est accro à son ordinateur autant pour s’isoler d’eux que parce qu’il est fasciné par l’espace de liberté qu’il découvre. Rien ne prédisposait ces trois-là à se rencontrer. Mais un soir d’été 2006, Christophe se voit proposer un sujet sur youporn – une chaîne de vidéos pornographiques amateurs et gratuites. En visionnant l’une de ces sextapes, le journaliste identifie Marianne qui, quand il l’interroge, ignore l’existence de cette vidéo et en est scandalisée. Touché par la colère de la jeune fille, Christophe renonce à son article juteux pour contacter un certain Paul, le seul selon lui à pouvoir retirer le film de la toile… Pourquoi ne pas en être resté là ? Difficile à dire. Peut-être que chaque membre de cet étrange trio trouve chez les autres la part manquante de sa vie. Ils se complètent tant et si bien que, dix ans plus tard, ils sont toujours ensemble pour le meilleur… et le pire aussi, car, alors que les catastrophes s’enchaînent dans leur vie à la manière des fameuses lois de Murphy, ils trouvent toujours le moyen de se retrouver. On dira certainement de ce roman qu’il est générationnel, mais ne pas le lire pour cette raison serait une grosse erreur. Car si les héros de ce roman ne sont le reflet que d’une certaine frange de la population, leurs aventures nous permettent de comprendre de manière concrète la question de la liberté sur Internet et l’ambiguïté qu’il y a à vouloir contrôler celle-ci. Rares sont les romans qui donnent matière à réfléchir avec une telle légèreté de ton, un sens de l’humour et de la répartie presque à chaque page. Et puis, qui que soient ces trois personnages, ce livre est un mémorable roman d’amitié, la manière dont elle se construit – parfois sur des hasards –, et comment elle s’entretient à tous les âges de la vie ; parvenant même à nous sauver des naufrages de notre existence. Lire Titiou Lecoq est une expérience de lecture : c’est à la fois se sentir traversé par une pulsion de vie irrésistible et, dans le même temps, porter un œil neuf sur notre monde.

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