Chronique La Galerie des maris disparus de Natasha Solomons

Aurélia Durandal Librairie L’Œil au vert (Paris 13e)

Épopée tout autant qu’instantané d’une époque, La Galerie des maris disparus dresse le portrait d’une femme exceptionnelle qui repousse les limites dans lesquelles les autres l’ont circonscrite, afin de choisir son destin.

Lorsque George la quitte, Juliet Montague devient aux yeux de la communauté juive à laquelle elle appartient, une aguna, une femme enchaînée à son mariage tant que son mari ne demande pas officiellement le divorce. Alors que la morale voudrait la voir enfermée chez elle à s’occuper de ses enfants, Juliet, sur un coup de tête, échange l’argent du réfrigérateur neuf contre un portrait d’elle. Avec ce tableau, elle réalise ce qui compte vraiment dans sa vie : l’art. Elle qui ne peint pas, est capable de ressentir dans sa chair le talent naissant ; d’où l’idée d’ouvrir ce qui sera la Wednesday’s Gallery, un lieu où elle pourra exposer des artistes en formation, tout autant que ses amis. Ce don particulier et sa volonté inébranlable de sortir du rôle qu’on lui a assigné vont permettre à Juliet de faire des rencontres improbables (un vieil émigré hongrois aux États-Unis, des musiciens célèbres dans l’Angleterre des années 1960, etc.), mais aussi de trouver l’amour en la personne de Max, un peintre qui vit retiré dans le Dorset. Cet homme blessé, qui a parcouru la France en tant que peintre de guerre, va l’aider à ériger très haut sa définition d’une œuvre d’art. C’est aussi à ses côtés qu’elle comprend la nature de l’amour. Il serait illusoire de croire que l’émancipation de Juliet se fait sans heurt. Mise au ban de sa communauté pour avoir voulu choisir son destin, elle se heurte à l’incompréhension des siens. Malgré tout, sa détermination triomphe et ses parents, comme ses enfants, comprendront que Juliet n’est pas une femme comme les autres. Aventure singulière et symbole de la libération des femmes, ce roman questionne notre perception de l’art tout en nous émouvant. Juliet ne cesse de nous fasciner dans sa capacité à résister à l’adversité.

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