Chronique La Dactylographe de Mr James de Michiel Heyns

Par Aurélia Durandal Librairie Liragif (Gif-sur-Yvette)

À la fin de sa vie, le romancier Henry James engage Theodora Bosanquet comme secrétaire. C’est de ce personnage que s’empare Michiel Heyns pour nous dépeindre une époque en pleine révolution des mœurs, mais surtout nous faire le subtil portrait d’une jeune femme qui n’a rien à envier aux héroïnes jamesiennes.

En devenant la secrétaire du romancier Henry James, la jeune Frieda Wroth a conscience de forcer le destin que la vie a tracé pour elle. Elle qui refuse de devenir la femme d’un pharmacien aux idées aussi étroites que son nez est long, apprend la dactylographie afin de gagner sa vie. Elle se dit aussi que la proximité du grand romancier lui permettra peut-être de devenir à son tour écrivain. Mais le temps lui permet de comprendre que les rêves de jeunesse ne s’accomplissent pas exactement comme on le souhaite. En mêlant fiction et réalité, Michiel Heyns dresse le portrait d’une Angleterre en pleine mutation : la révolution industrielle a provoqué la mécanisation du travail. Dans le même temps, les femmes se battent pour faire valoir leurs droits. Sur le plan artistique, le vieux Continent tend à s’opposer à la vitalité des jeunes États-Unis. En choisissant de s’installer en Angleterre, James devient le plus britannique des romanciers américains et, à ce titre, incarne bien les contradictions de son temps. Le romancier en fait un personnage aussi fasciné par la modernité qu’attaché à ses habitudes, un personnage tellement vissé à son art qu’il en a renoncé à vivre vraiment. Il est néanmoins animé d’un sens profond de l’hospitalité qui conduit sa famille, ses amis et tout un aréopage d’aspirants écrivains à venir le visiter, mettant à mal sa routine. Le plaisir de lecture vient donc, en partie, de l’ironie qui transparaît dans la description de la vie de l’auteur ou dans le portrait de ses domestiques et intimes. Mais derrière cette apparente légèreté, que l’on pourrait qualifier de britannique, le roman est plus grave qu’il n’y paraît. En choisissant de raconter l’histoire du point de vue de Frieda, Heyns montre que, plus que James, la jeune fille est au carrefour de deux mondes : celui des classes dominantes et celui des dominés ; tout comme par sa jeunesse, son impulsivité et sa détermination, elle s’oppose à son employeur par sa vitalité. Elle est animée de passions et de rêves que l’expérience lui apprendra à transformer. En réussissant l’épreuve du compromis, à savoir comprendre que pour être plus heureuse elle doit renoncer à certains idéaux, Frieda nous apparaît non seulement comme une héroïne extrêmement attachante, mais surtout victorieuse. La jeune fille naïve et humaine a tiré leçon de ses aventures, sans pour autant jamais rien sacrifier à sa liberté. Tout comme les personnages de James, elle sort triomphante de rapports de force déséquilibrés.

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