Chronique Le Journal de Frankie Pratt de Caroline Preston

  • Caroline Preston
  • Traduit de l'anglais (États-Unis) par Katel Le Fur
  • Nil
  • 04/10/2012
  • 240 p., 22 €

Par Aurélia Durandal Librairie Liragif (Gif-sur-Yvette)

Fidèle à sa vocation de dénicheur de livres originaux, Nil propose un roman graphique savoureux, qui tient autant du roman d’apprentissage d’une jeune fille aspirant à devenir écrivain, que d’une reconstitution visuelle des États-Unis des années 1920, à travers plus de six cents documents d’époque.

Il est difficile de ne pas tomber sous le charme de Frankie Pratt, tant ce roman graphique nous la rend attachante. En choisissant de narrer ses aventures sous la forme d’un journal, Caroline Preston donne à entendre la voix de la jeune fille. Les documents d’époque qu’elle a réunis sont autant de preuves de l’authenticité de son héroïne, pour nous, lecteurs. Vous l’aurez compris, ici, la forme compte tout autant que le fond, il est donc difficile de parler de ce roman qui fait figure d’ovni dans l’actualité littéraire, sans en révéler quelques secrets de fabrication. Caroline Preston n’en est pas à son premier essai, mais, pour celui-ci, elle voulait proposer quelque chose de nouveau, une forme romanesque qui rendrait compte de l’élan vital de son héroïne. Documentaliste passionnée depuis l’enfance par les objets de la vie quotidienne, elle a réuni plus de six cents documents d’époque, à savoir, cartes postales, lettres, publicités, tickets, morceaux de tissus, papiers de bonbons, menus… Sa source d’inspiration a été le journal intime de sa grand-mère et l’envie d’en faire une héroïne romanesque et vivante à la fois, c’est-à-dire qui rende compte de l’effervescence des années 1920 aux États-Unis dans de nombreux domaines. Le résultat est qu’en ouvrant ce livre, le lecteur est littéralement happé par ce qu’il a sous les yeux. Non seulement, il s’agit d’un bel objet, mais surtout, on a envie de connaître cette jeune fille dont on tient la vie entre les mains. Si Frankie est l’héroïne du roman, l’auteure place son intrigue sous la tutelle de ses parents, sa principale source d’inspiration. Elle écrit dans le journal que sa mère lui a donné avec la machine à écrire de son père ; ce père mort lorsqu’elle était enfant et cette mère courage qui a dû assumer seule ses trois enfants. Ils ont rêvé pour elle d’études qui lui permettraient de devenir une jeune femme libre et indépendante, et, surtout, ils lui ont donné suffisamment confiance en elle pour s’accrocher à ses rêves. Frankie n’est pas sans rappeler Jo March. Toutes deux sont des héroïnes volontaires et spontanées, souvent naïves, mais animées par la volonté de sortir de leur condition. Comme Jo, Frankie rêve de devenir écrivain, mais aussi de découvrir l’amour. En cela, le livre se découpe comme un roman d’apprentissage où Frankie doit affronter la jalousie que manifestent ses camarades à l’égard de son don, l’inquiétude de sa famille lorsqu’elle gagne peu à peu son indépendance en découvrant le New York des artistes à Greenwich Village et le Paris d’Hemingway. Que ce soit les désillusions amoureuses ou d’autres péripéties, elle sort grandie des épreuves qu’elle traverse. Si certains lecteurs trouveront l’intrigue de ce livre un peu trop classique, d’autres seront séduits par le charme suranné de ce roman qui nous parle d’une jeune fille romantique et sincère.

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