Entretien La Femme au miroir de Éric-Emmanuel Schmitt

Propos recueillis par Nathalie Iris, Librairie Mots en marge, La Garenne-Colombes

Le nouveau roman d’Éric-Emmanuel Schmitt se présente comme un triptyque rédempteur qui traverse les âges, et montre avec talent que la vie est entre nos mains… à condition d’oser regarder dans le miroir.

PAGE : Que raconte La Femme au miroir ?

Éric-Emmanuel Schmitt : C’est l’histoire de trois femmes, à trois époques différentes : Anne vit à Bruges au temps de la Renaissance, Hannah à Vienne au début du siècle, et Any à Los Angeles de nos jours. Ces trois femmes vont, chacune à leur manière, prendre en main leur destin par la force et la pureté qu’elles portent en elles. Elles vont chacune, par un acte fondamental, refuser la condition que leur impose la société. C’est donc un roman à trois voix qui s’entremêlent et se font écho, un peu comme dans un chant polyphonique.

 

P. : Pourquoi avez-vous choisi des femmes comme personnages principaux ?

É.-E. S. : Parce qu’il me semble que cela demande plus de courage d’être une femme. Les femmes ont un impératif fort de séduction qui les enferme souvent dans ce rôle, ou en tous cas les limite à ce rôle. Il faut beaucoup de détermination à une femme pour vivre comme elle le souhaite ou comme elle le sent. Même si cela a tendance à changer – et heureusement –, nous vivons tout de même dans une société faite par les hommes pour les hommes.

 

P. : Parlez-nous de vos personnages, comment les définiriez-vous ?

É.-E. S. : Anne représente la grâce, Hannah la détermination, et Any est l’ange brisé, atomisé par le succès, incapable d’être heureuse par elle-même. Chacune va rencontrer un homme qui sera l’élément déclencheur d’une prise de conscience, et qui, d’une certaine manière, les obligera à prendre leur destin en main. Mais ce n’est pas si simple, car l’homme représente aussi un piège. Et puis, il y a les événements extérieurs : Anne est broyée par son siècle, Hanna sera broyée par la guerre et Any est broyée par la camisole chimique dans laquelle elle s’est enfermée pour pouvoir supporter le milieu dans lequel elle vit.

 

P. : Au bout du compte, diriez-vous que vos personnages réussissent leur vie ? Et qu’est-ce que réussir sa vie ?

É.-E. S. : Je laisse le lecteur découvrir les chemins empruntés par mes héroïnes. Il me semble que, réussir sa vie, c’est vivre selon ses valeurs et selon son cœur.

 

P. : C’est vrai que toute votre œuvre peut être lue à différents niveaux : il y a l’histoire, et le message qu’elle transmet.

É.-E. S. : Je me sens avant tout un conteur, c’est toujours l’histoire qui prime, je n’aime pas les histoires insignifiantes ; mais je veux que mes histoires provoquent des émotions et de la réflexion. Ainsi dans ce livre, la structure à trois voix que j’ai adoptée oblige à se poser des questions. Par conséquent, on peut lire le livre à différents degrés.

 

P. : Qu’est-ce qui vous rend heureux dans votre métier d’écrivain ?

É.-E. S. : J’aime toucher les autres en m’effaçant, j’ai besoin d’écrire, c’est pour moi un acte de création qui se rapproche de l’enfantement. La nature a été riche avec les femmes en leur permettant d’enfanter, et moi je considère que la vie m’a fait un beau cadeau en me permettant d’écrire. Je suis heureux de toucher les gens par l’écriture et, à cet égard, je préfère que l’on me dise « merci » que « bravo ». Je crois dans les vertus guérisseuses de la fiction, je suis persuadé que les livres aident à vivre.

 

P. : Vous avez une formation de philosophe, comment s’inscrit-elle dans votre œuvre ?

É.-E. S. : Pour moi, la vraie forme philosophique est la forme du roman ou du théâtre parce qu’elle remet la philosophie dans nos vies, en situation, de manière concrète. Nos vies de tous les jours sont traversées de questions philosophiques, et il ne faut pas en avoir peur. D’ailleurs beaucoup de gens sont bloqués par la peur, or j’aimerais tant que la peur soir remplacée par l’amour. Je crois dans la valorisation éperdue de l’amour.

 

P. : Quel est votre livre de chevet ?

É.-E. S. : Ce sont les Pensées de Pascal. C’est selon moi le plus beau miroir qu’il soit possible de lire, que l’on soit athée ou croyant.

 

P. : Que représente La Femme au miroir dans votre parcours littéraire ?

É.-E. S. : Ce livre est, comme les précédents d’ailleurs, un rendez-vous. J’ai toujours l’impression, lorsque je commence à écrire, qu’un livre m’attend.

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