Chronique Misericordia de Jack Wolf

  • Jack Wolf
  • Traduit de l’anglais par Georges-Michel Sarotte
  • Belfond
  • 04/12/2020
  • 464 p., 22 €

Nathalie Iris Librairie Mots en marge (La Garenne-Colombes)

Misericordia semble concourir au titre envié de livre le plus étrange de l’année 2013 ! Le roman de Jack Wolf est bien parti pour recevoir la palme qu’il convoite. Prêt à entreprendre un voyage inédit dans une Angleterre du XVIIIe siècle peuplée d’êtres bizarres ?

Misericordia est un roman aussi curieux que captivant, un livre inclassable dont on ne saurait dire s’il s’agit d’une œuvre de science-fiction qui se déroulerait dans un passé totalement réinventé, un roman fantastique, un récit historique, un conte à la Tim Burton, un roman d’amour… Misericordia est tout cela à la fois et c’est ce qui fait de sa lecture une expérience inédite, excitante, profondément savoureuse. Le livre s’adresse à un public adulte sachant apprécier un certain travail sur la langue et l’écriture, féru d’aventures audacieuses, ne craignant pas trop les cauchemars et capable de se laisser emporter par l’imagination prodigieusement débridée d’un écrivain. Le roman se déroule dans l’Angleterre du xviiie siècle et prend pour cadre un manoir anglais de la région de Bristol. Tristan est un jeune garçon solitaire dont on ne tarde pas à prendre conscience que la solitude n’est sans doute pas étrangère à un caractère pour le moins particulier et à une soif inextinguible de connaissance. Le problème, c’est que cet appétit de connaissance touche à des domaines légèrement scabreux ; Tristan a tendance à s’intéresser d’un peu trop près au corps et à la douleur. Grâce à son père, avec lequel il entretient pourtant des relations distantes, il réussit à partir pour Londres où il étudie la chirurgie auprès d’un éminent professeur en médecine. Celui-ci ayant remarqué à quel point son jeune élève est doué l’encourage dans cette voie. Peu à peu, le lecteur découvre que si Tristan possède des dons évidents pour la chirurgie, il est également la proie d’une étrange attirance pour la douleur physique, et que c’est là, finalement, la principale source à laquelle il puise son désir d’étudier et d’apprendre. Jusqu’à quel point ressent-on la douleur et comment la surmonte-t-on ? La douleur n’a-t-elle pas beaucoup à voir avec le plaisir ? Qu’éprouve-t-on lorsque l’on se retrouve en position d’infliger la douleur ? Telles sont certaines des questions qui hantent Tristan et qui irriguent ce passionnant roman, dont l’un des enjeux consiste à comprendre comment fonctionne la souffrance. Un autre enjeu du roman est de mettre en scène des personnages a priori inadaptés à la société, des marginaux, des parias, des fous… et de montrer que l’on peut vivre en étant « différent ». Tristan, ainsi qu’une panoplie de personnages secondaires à la fois attachants et extraordinaires, évoluent sous les yeux du lecteur. Il y a notamment Nathaniel, seul véritable ami de Tristan, Katherine, jeune cousine de Nathaniel dont Tristan tombe amoureux, Pauline, une prostituée que fréquente Tristan dans un but bien précis, une communauté de bohémiens qui gravite autour du héros… Difficile de résumer un livre aussi atypique, mais il faut insister sur sa réussite. Misericordia est le premier roman de Jack Wolf, pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! L’auteur s’est abondamment documenté sur la façon dont on pratique la médecine à l’époque et sur la société britannique du xviiie siècle. Une adaptation sur grand écran est déjà prévue et les droits ont été vendus dans de nombreux pays.

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