Chronique Les Insurrections singulières de Jeanne Benameur

NATHALIE IRIS, Librairie Mots en marge, La Garenne-Colombes

Jeanne Benameur est une romancière talentueuse et investie dans son époque. Elle nous le prouve une fois de plus, de manière particulièrement sincère, dans son roman Les Insurrections singulières, qui parle de notre société mais avant tout de ce qui la constitue : nous. En 2011 à la sortie de ce roman, elle répondait aux questions de Nathalie Iris, Librairie Mots en marge (La Garenne-Colombes).

PAGE : Comment situez-vous ce livre par rapport à vos romans précédents ?

J. B. : Chaque texte me transforme et permet l’écriture, l’ouverture au suivant. Le fil rouge, ce sont les mots, mon rapport à la langue, trouver les mots justes qui nous permettent d’être profondément humains et plus libres, une façon d’être au monde grâce aux mots.

 

P. : Quelle a été la genèse de ce livre ?

J. B. : J’ai participé en 2005-2006 à des « cafés de parole » grâce à l’association La Forge, avec des ouvriers de l’usine Arcelor Mittal. Le groupe avait choisi d’investir massivement au Brésil, le travail s’amenuisait en France. Après chaque café, j’écrivais un texte, qui était lu la fois suivante. J’ai été bouleversée par ces « cafés » et j’ai compris, à la fin, qu’il me faudrait continuer seule. Écrire ce livre.

 

P. : Pouvez-vous nous résumer la trame du roman ?

J. B. : Antoine, le « héros », est un ouvrier qui travaille à « Lusine ». Il est mis en RTT forcées, comme les autres. En même temps, sa compagne le quitte. Tout à la fois. Il retourne vivre chez ses parents, des « ouvriers à l’ancienne ». Cette crise totale, qui le ramène à ses vrais désirs, et plusieurs rencontres vont déclencher chez lui l’élan qui le poussera à partir à la rencontre des ouvriers brésiliens.

 

P. : Qu’est-ce qu’une « insurrection singulière » ?

J. B. : C’est la soudaine prise de conscience individuelle qu’on ne peut pas continuer comme ça, qu’on ne peut plus subir la violence passive qui nous englue. C’est un élan qui se met à vivre en nous et nous permet de nous libérer des chaînes qui nous entravent. La notion de collectif n’est plus aujourd’hui aussi évidente qu’à d’autres époques, on bouge beaucoup dans les familles, on change souvent de travail, il n’y a plus d’appartenance collective facile. Il faut puiser au fond de soi pour réaliser une insurrection singulière. Mais chaque insurrection individuelle fait bouger d’autres gens, et mises bout à bout, elles forment une insurrection collective.

 

P. : Comment décririez-vous Antoine, le personnage principal, et Marcel, qui l’accompagne ?

J. B. : Antoine est en décalage, il perçoit qu’il y a quelque chose qui ne va pas entre lui et le monde. C’est parce qu’il a conscience de ce décalage qu’il est à l’écoute de toutes les petites choses qui l’entourent, qu’il va trouver la force de partir comme il le rêvait enfant. Marcel, le bouquiniste rencontré sur un marché, est un personnage tutélaire, un adulte bienveillant qui va aider Antoine à bouger et se mettre en mouvement à son contact.

 

P. : Qu’est-ce qu’il est important pour vous de mettre en avant dans notre société ?

J. B. : Comprendre que le politique n’est pas l’apanage des hommes qui nous gouvernent, mais que c’est notre responsabilité individuelle. Redonner place au poème de chaque vie. Chercher les mots, les mots justes qui permettent de se parler. Pas de politique sans le poétique. C’est sa dimension humaine. La fraternité. C’est une force immense.

Lire aussi la chronique du nouveau roman de Jeanne Benameur : Profanes, paru en janvier chez Actes Sud

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