Chronique Printemps barbare de Héctor Tobar

  • Héctor Tobar
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Furlan
  • Belfond
  • 23/08/2012
  • 480 p., 22.50 €

Par Nathalie Iris, Librairie Mots en marge (La Garenne-Colombes)

Un passionnant roman d’un auteur publié pour la première fois en France, qui prend pour décor une réalité californienne où se côtoient, rarement pour le meilleur et souvent pour le pire, les Américains blancs et les immigrés latino-américains.

Héctor Tobar est né aux États-Unis de parents guatémaltèques. Venant d’un milieu extrêmement modeste, rien ne le destinait à l’écriture, encore moins au succès. Et pourtant, à 49 ans, le voilà promu au rang des écrivains majeurs de sa génération. Journaliste de formation et de métier, il s’attache notamment à dénoncer la difficulté pour les Américains issus de l’immigration latino-américaine d’être reconnus par la société californienne. Sa dernière fiction en témoigne, traitant notamment de la vie quotidienne de ces latino-américains qui travaillent pour le compte des « Blancs ». L’action de Printemps barbare se déroule à Los Angeles. Maureen et Scott forment un couple apparemment sans histoires. Parents de trois enfants, ils font partie de ces riches Californiens à qui tout réussit, en apparence du moins. Tout, sauf peut-être justement leur couple. Au cours d’une dispute plus violente que d’habitude – à propos des dépenses de Maureen que Scott trouve inconsidérées –, chacun décide, sans en parler à l’autre, de quitter pour quelques jours le domicile conjugal. Scott part avec sa maîtresse, Maureen avec sa fille encore bébé, laissant à la maison leurs deux garçons préadolescents, persuadés que l’autre sera là pour s’occuper d’eux. Or, les garçons vont se retrouver seuls avec la bonne mexicaine, Araceli. Au bout de quelques jours, ne sachant que faire de ces enfants sans nouvelles de leurs parents, elle décide de les emmener chez leur grand-père. La voilà sur la route avec Keenan et Brandon. S’ensuit pendant quelques jours une sorte de road trip à travers les quartiers défavorisés de Los Angeles, une aventure pour ces garçons à l’univers jusqu’alors aseptisé, et un vrai plaisir pour le lecteur qui suit les péripéties du trio dans les familles latinos et les dédales de ces rues qui ressembleraient presque à un « slum ». Au bout de quelques jours, de retour chez eux, Maureen et Scott retrouvent la maison vide et en déduisent hâtivement qu’Araceli a enlevé les enfants. Les médias s’emparent de l’affaire, qui prend des proportions démesurées. On retrouve Araceli : un procès retentissant s’ouvre alors.

Tout le talent d’Héctor Tobar réside dans la manière dont il montre au lecteur les clivages entre les riches et les pauvres, entre les blancs et les minorités de couleur. Il s’attache à décrire Los Angeles comme une ville de contrastes choquants entre les quartiers riches et les quasi-bidonvilles où habitent les minorités, deux mondes parfaitement étanches, un système de castes, selon lui. Tobar dénonce aussi le rôle parfois dangereux que peuvent jouer les médias lorsqu’ils décident de s’emparer d’une affaire dans le but de faire de l’audience. Printemps barbare est un roman passionnant. On referme le livre avec l’envie d’en connaître davantage sur l’hypocrisie du système américain en ayant lu une belle histoire, avec une éblouissante panoplie de personnages.

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