Entretien La Dame de Zagreb de Philip Kerr

  • Philip Kerr
  • Traduit de l’anglais par Philippe Bonnet
  • Coll. «NULL»
  • Le Masque
  • 13/01/2016
  • 450 p., 22.90 €
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NATHALIE IRIS, Librairie Mots en marge, La Garenne-Colombes

Qui ne connaît pas encore Philip Kerr doit absolument se plonger séance tenante dans La Dame de Zagreb, son dernier roman. Quant à ceux qui le connaissent déjà, notamment à travers sa Trilogie berlinoise (Le Livre de Poche), ils vont se régaler.

Philip Kerr est un écrivain écossais passionné par la période 1930-1938 en Allemagne, et plus particulièrement par la montée du nazisme. C’est pourquoi la plupart de ses romans se situent à l’intérieur de cette période, à Berlin. Dans son dernier livre, Philip Kerr met encore une fois en scène son personnage récurrent, Bernard Gunther, dit Bernie Gunther, ancien inspecteur de la police criminelle de Berlin devenu détective. Gunther abhorre le régime nazi, mais les circonstances le forcent à collaborer avec le IIIe Reich. Cette fois, Bernie Gunther est chargé par Joseph Goebbels de retrouver son actrice favorite, une certaine Dalia Dresner. Tout ce que l’on sait, c’est que Dalia Dresner est partie vivre en Suisse avec un vieux et riche Serbe, qu’elle a épousé sans l’aimer. Gunther accepte cette mission qui l’emmènera de Suisse en Croatie, à la recherche de cette mystérieuse femme à la beauté puissante. Le danger est sur tous les fronts, y compris celui de l’amour.

Page — Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Philip Kerr — Cela va probablement vous surprendre si je vous réponds que je n’ai pas d’identité particulière à part celle d’écrivain. C’est l’écriture qui me définit. Depuis que je suis enfant, j’ai toujours su que je deviendrais écrivain, que c’était le métier que je voulais exercer. J’ai écrit dès mon plus jeune âge. Évidemment, au début, c’était mauvais. Plus sérieusement, je ne peux pas me passer d’écrire. J’écris de manière compulsive, tout le temps. Je ne me sens pas bien si je n’écris pas. Oui, on peut dire qu’écrire est une obsession pour moi.

Page — Vos romans sont des romans historiques. Comment procédez-vous pour vos recherches ?
P. K. — Ce qui m’importe le plus, finalement, c’est de sentir les atmosphères. Bien sûr, il y a un travail de recherches très factuel, mais ce n’est pas ce qui m’occupe principalement. Je passe la majeure partie de mon temps à me déplacer sur des lieux qui ont joué un rôle important dans les événements historiques. Une fois sur place, je ne prends pas beaucoup de notes. En revanche, je reste longtemps sur un lieu, à humer l’ambiance et essayer d’imaginer quelle y était l’atmosphère à l’époque. Par exemple, je suis allé à Munich. Hitler a eu là-bas deux appartements. Je les ai visités. L’un d’entre eux existe toujours, il appartient à des particuliers. Je suis entré dans cet immeuble, j’ai observé. Rien n’avait changé depuis l’époque où Hitler y habitait. Et même, j’ai remarqué un bouquet de fleurs au pied de l’immeuble. Je me suis rendu sur les lieux au moment de l’anniversaire de la naissance d’Hitler. Vous voyez l’effet terrible que ce bouquet de fleurs peut produire…

Page — Dans La Dame de Zagreb, vous emmenez vos lecteurs en Croatie. Qu’est-ce qui vous a inspiré pour nous parler de ce pays ?
P. K. — Il y a eu, à cette période, dans ce pays, des camps de concentration absolument horribles, épouvantables, inimaginables. Il y a là-bas, notamment, un train qui sert aujourd’hui de mémorial et qui faisait partie des convois de la mort. Ce train produit une impression terrifiante. Voilà encore le genre d’atmosphère que je ressens fortement et qui m’inspire pour écrire. J’ai fait une petite prière avant de partir.

Page — Pourquoi cette période nazie vous fascine-t-elle ?
P. K. — Je suis hanté par cette époque, c’est vrai. J’y pense tous les jours, cela fait partie de ma vie. Je crois que nous vivons avec cela, que nous en sommes encore tous très imprégnés. Aujourd’hui encore, il me semble que l’Allemagne est inlassablement obsédée par le besoin d’exercer une sorte de leadership en Europe, même si c’est désormais sur un plan économique.

Page — Parlez-nous de votre héros Bernie Gunther, et de votre héroïne Dalia.
P. K. — Au départ, je voulais créer un personnage qui porte en lui des contradictions. Je trouve que cela est intéressant et évite l’ennui au lecteur. Bernie s’efforce de vivre au mieux sous un régime qu’il déteste. C’est en cela, d’ailleurs, qu’il est un personnage de son temps. Beaucoup de gens, à l’époque, essayaient de vivre ainsi, du mieux qu’ils pouvaient. Pour moi, il agit du mieux qu’il peut, mais aussi de la pire manière. En cela, tous, nous avons nos petits arrangements avec nous-mêmes. Dans le contexte du régime nazi, cela est encore plus marqué. Dalia quant à elle est une femme très belle, qui possède une grande force de caractère. Elle essaie aussi de sauver son pays, à sa manière. J’aime beaucoup ce genre de femme. D’une façon générale, j’admire la force mentale des femmes. Je crois qu’elles sont plus douées que les hommes pour percevoir les choses et agir en conséquence. Elles sont intuitives et déterminées. Imaginer et donner forme à Dalia a été un moment d’écriture très intense et un vrai plaisir.

Page — Dernière question, que lisez-vous en ce moment ?
P. K. — Je lis les livres de Henry Marsh, un chirurgien anglais spécialisé dans la chirurgie du cerveau. Cela me passionne. Je me documente sur ce thème car la BBC m’a demandé de participer à une émission dans laquelle je parlerai d’une partie spécifique du corps. Après hésitation (rires), j’ai choisi le cerveau.

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