Dossier Pieter et le Lokken de Olivier Ka, Olivier Supiot

Aurélia Durandal Librairie L’Œil au vert (Paris 13e)

S’il est un domaine du livre qui a changé, c’est bien celui de la BD : d’abord déconsidérée, elle a gagné en légitimité quand les adultes se la sont appropriés, si bien qu’aujourd’hui, elle est un art tout sauf mineur que les grands cherchent à transmettre aux plus jeunes dans des albums faits pour eux.

Pour peu que l’on connaisse un minimum ce qui se fait en matière de bandes dessinées, il va de soi que Delcourt est un éditeur de référence et tout particulièrement dans le secteur jeunesse, tant Les Légendaires ont marqué le paysage éditorial de ces dernières années. Pourtant, Delcourt date des années 1980. Elle est l’une des premières maisons à accorder de l’importance aux jeunes lecteurs en créant la collection « Delcourt Jeunesse », dont « Les Enfants gâtés » est une réjouissante petite sœur. Désormais, il n’est plus à prouver que la bande dessinée est une étape idéale pour entrer dans la lecture et la littérature. « Les Enfants gâtés » se veut une transition entre l’album et la BD, afin que les premières lectures se fassent en douceur. Par le biais de ces bandes dessinées, composées de récits complets et courts, les enfants pourront s’immerger dans l’image tout en progressant dans leur capacité à lire de manière autonome. Les auteurs autant que les illustrateurs comptent parmi les plus talentueux de leur génération. Avec Pieter et le Lokken, Olivier Ka fait de la rencontre entre un petit garçon et une créature étrange, un conte aux multiples évocations qui n’a pas fini de nous interroger une fois le livre refermé. L’histoire est magnifiquement servie par le travail d’Olivier Supiot, dont le dessin peut être vu comme un hommage à Brueghel. Autre ambiance avec La Poudre d’escampette de Chloé Cruchaudet. Ici, on est plus proche de l’univers de La Guerre des boutons. Paul et sa chienne Paulette font la connaissance d’une bande de gamins qui a construit un génial radeau-cabane-paquebot pour aller vers « l’Ailleurs ». Pour le timide garçon, c’est une opportunité de se faire des amis, mais aussi de prendre confiance en lui. Chacun des albums, à sa manière, déconstruit l’image préconçue que l’on peut avoir des BD jeunesse. Ici, des planches aux cases, en passant par la typographie des bulles, tout est nouveau. En travaillant de cette manière, les auteurs ont su donner de la fraîcheur à leur récit, tout en accompagnant le lecteur dans le processus de déchiffrage, puisque l’image devient un appui pour comprendre : elle suggère, elle amplifie, elle aide à s’approprier les personnages. Ainsi, les enfants seront bel et bien gâtés, ce qui les attend avec cette nouvelle collection, ce sont des histoires palpitantes qui les feront voyager dans tous les sens du terme.

Les autres chroniques du libraire

À VOS MARQUES, PRÊTS, LISEZ !

Panne d'inspiration ?

Nos libraires vous conseillent à domicile
tous les vendredis pour vous et vos enfants

Je veux recevoir 6 idées lectures pour moi et ma famille

@