Littérature française

Clémentine Mélois

Choses que je croyais perdues

✒ Michel Edo

(Librairie Lucioles, Vienne)

Ça commence par un verre Musclor cassé, ultime trace du passage de l’homme qu’elle a tant aimé. Car il faut bien commencer par quelque chose, tirer un fil pour détricoter la tapisserie d’une vie de couple.

La narratrice est en train d’emballer sa vie et ses assiettes dans de vieux numéros du Dauphiné libéré que la voisine compatissante lui a généreusement offerts. Elle quitte cet appartement où elle a aimé un certain Tristan qui, on s’en doute, ne s’est pas montré l’amoureux que l’on espérait qu’il soit bien longtemps. Que reste-t-il de sept ans d’existence commune quand une triste fin a taché les beaux souvenirs ? En collectionneuse forcenée, elle va ressortir toutes les pièces de son musée personnel. Les mille anecdotes d’une vie de couple. Les merveilleux moments et les moins bons, ceux qu’il aurait fallu couper au montage, quand il est devenu le sombre Tristan pétri de manières bourgeoises. Lorsque Émilie le rencontre dans un affreux pince-fesse municipal, elle lui saute à la tête comme seuls savent le faire les timides : elle le trouve beau, drôle avant qu’il n’ait dit un mot et encore plus après. Mais peut-être que les gens qui sont capables de considérer les pots de confiture vides comme des membres de leur famille ont tendance à projeter le beau et le magnifique sur des personnes qui ne le sont pas. Le hic, c’est qu’Émilie est une rêveuse, une magicienne du beau, une reine à l’imaginaire débridé. On rit à chacune ou presque de ses petites histoires : le boucher sexy des Halles, les achats compulsifs de vêtements immondes, les repas chez les beaux-parents sont autant de scènes que Jacques Tati aurait pu filmer, drôles, tendres et sans pitié pour l’étroitesse d’esprit. Après Alors c’était bien, Clémentine Mélois poursuit son investigation archéologique du souvenir. Elle catalogue avec un humour et une délicatesse rares les sentiments minuscules, les moments de honte totale, comme les instants de bonheur fugaces qu’il faudrait mettre dans de petites boîtes pour les faire revivre quand ça ne va pas.

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