Chronique Le Voyage du canapé-lit de Pierre Jourde

Michel Edo Librairie Lucioles (Vienne)

Après Pays perdu (Pocket) ou La Première Pierre (Folio), le grand pourfendeur de la littérature autofictive poursuit son œuvre autobiographique dans ce road trip à la française où se mêlent, dans un joyeux méli-mélo, souvenirs d’enfance, aventures rocambolesques et pure érudition.

Le narrateur, à la mort de sa peau de vache de grand-mère (radine, méchante, petit-bourgeois et j’en passe) se voit confier par sa maman la pénible tâche de convoyer un immonde canapé verdâtre (et ses deux fauteuils) jusqu’à la maison familiale de Lussaud, Cantal. Contre son gré bien sûr. C’est en compagnie de son frère et de sa belle-sœur, dans une camionnette de location, que s’engage le périlleux voyage. Partir ainsi avec un divan, si moche soit-il, c’est s’exposer à des digressions mémorielles aux possibles relents freudiens. C’est sans compter sur le penchant lourdement potache des deux frères qui vont faire assaut de souvenirs plus désopilants les uns que les autres (et pas toujours d’un goût exquis). On apprendra donc quasiment tout sur les risques encourus à se promener dans Londres en marinière (corrélé à celui de toujours nier la possibilité qu’un cliché, même éculé, puisse s’avérer exact) ; tout aussi sur les dangers probables à se promener au Guatemala avec trop d’argent et trop de haschich (pour le coup on s’en doutait un peu), ou à baguenauder en plein Himalaya sans toile de tente, par exemple. Il balance tout à trac avec un sens de l’à-propos et une bonne humeur désarmants les péripéties plus ou moins glorieuses de son passé, sa relation conflictuelle avec l’autorité, la difficile construction de soi, entre une mère secrètement ravie d’avoir engendré des petits démons et un père qui est la douceur incarnée. Pierre Jourde joue avec la géographie, la temporalité, s’en donne à cœur joie sur les anecdotes historiques et personnelles dans une joute permanente avec son auditoire. Il mène en bateau ivre sa mémoire et ses coq-à-l’âne avec une maîtrise syntaxique à faire rougir de jalousie le plus exubérant des grammairiens. Bref, un pur moment de bonheur littéraire.

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